
Un article de Pascale Marchal
Polar intelligent que ce Camelia.c@me (quel bon titre!), malin, un peu paresseux mais sympa. Bon scénario, bonne idée de départ : tout tourne autour du 26 septembre 2006, l'avant et l'après 26 septembre... (« Aucun signe n'informa Bakari Diabate qu'il serait mort avant la fin de la journée... »), date à laquelle il explose avec à la main un bouquet de fleurs qu'il venait livrer dans la ZUP de Bondy, banlieue nord de Paris. S'ensuit une poursuite qui nous mènera à Bogota à la recherche de narcotrafiquants à la Pablo Escobar et dans les milieux terroristes islamistes. Trafiquants et terroristes ont un point commun : ils ne reculent devant rien et surtout pas devant un meurtre sanglant. Cette intrication de deux mondes de malfrats et d'un troisième, celui des hackers, est savamment tissée par Yves Mamou ; les routes se croisent et une course contre la montre débute. L'auteur passe de l'un à l'autre monde avec une agilité confondante. Au centre, un site internet de vente de fleurs par correspondance, style Interflora, et Nathalie, une jeune femme grugée par un bellâtre, dont elle cherche à se venger d'une façon originale : grâce à son VPN (vous saurez ce qu'est un virtual private network en lisant le livre...). Les répercussions de ce petit jeu vont vite la dépasser. Les fleurs que Camelia.came fait livrer ont la douceur et la beauté des fleurs du mal.
Polar résolument moderne donc avec des passages documentés, par exemple sur la stéganographie : technique de déchiffrement très ancienne qu'utilisait déjà George Sand pour écrire à Alfred de Musset et qui consiste à dissimuler un message secret dans un texte normal d'apparence.
Polar efficace mais auquel il manque une touche d'affect («
handicapé affectif, cet assassin professionnel n'éprouvait jamais ni haine ni
affection »). On ne s'attache donc nous-mêmes pas assez aux personnages trop
nombreux et passablement puérils. Les terroristes sont des
caricatures, comme les narcotrafiquants. Pas une once d'humanité, juste des
machines à tuer et ce manque de nuances met à distance le lecteur à qui ne se
suffit pas le spectaculaire.
Martucci est un policier, chef de l'anti-terrorisme, aux intuitions fulgurantes comme il se doit mais on regrette de ne pas plus participer à ses jeux déductifs. Le lecteur le connaît peu. On voudrait en savoir plus sur ses failles car il manque un peu d'épaisseur. Le suspense est présent et les actions foisonnantes mais il manque à ce polar une force, un souffle.
Polar bien écrit cependant, humoristique souvent, dans lequel le journaliste du Monde Yves Mamou s'amuse à déglinguer le monde de la télévision au profit du journalisme d'investigation. C’est un polar très cinématographique avec des repérages idoines mais qui ne provoque ni crainte, ni peur, ni émotion. Ecrit avec facilité, agréable, il lui manque peut-être un rien de vraisemblance, un rien de transcendance, un rien de magie réaliste.