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GUERRE DES GANGS À OKINAWA et COMBAT SANS CODE D’HONNEUR de Kinji Fukasaku Deux DVD WILD SIDE VIDEO
( article de PIERRE CHARREL) LES ANCRES NOIRES ont, en mars 2004, proposé aux cinéphiles havrais une projection publique des éditions DVD de deux films majeurs du cinéaste japonais Kinji Fukasaku : Guerre des gangs à Okinawa / Bakuto Gaijin Butai et Combat sans code d’honneur / Jingi Naki Takatai. Les spectateurs présents à cette soirée, organisée en partenariat avec WILD SIDE VIDEO et le cinéma LE STUDIO, se virent remettre un texte inédit spécialement rédigé pour l’occasion. On trouvera ci-dessous le dit texte. Il propose une analyse détaillée de quelques-uns des meilleurs yakuza-eigas du maître nippon. Il offre en outre les références dévédégraphiques indispensables au cinéphile désireux de découvrir à domicile ce pan majeur du cinéma criminel asiatique et, plus largement, mondial.
KINJI FUKASAKU, L’EMPEREUR DU YAKUZA-EIGA. Lorsque Kinji Fukasaku s’éteint, en janvier 2003, à l’âge de 73 ans, il vient tout juste de faire l’objet d’une consécration internationale grâce au succès public et critique de Battle Royale, sorti sur les écrans japonais en 2000, puis diffusé par la suite à travers le monde entier. Ce film vient clore une filmographie d’une soixantaine de titres, s’étalant sur plus de 40 ans de carrière. Fukasaku a, pour l’essentiel, œuvré au sein du film de genre. Intégrant la maison de production TOEI en 1954, il va s’illustrer dans nombre des sous-genres rattachés à cette cinématographie. Ainsi il s’est essayé à des domaines tels que celui de la science-fiction (Green lime / Ganma Dai-sango en 1968 ou bien Message from space / Uchu Kara No Meseiji en 1978), celui du film de samouraï (Shogun’s Samurai / Yagyu Ichizoku No Inbo en 1978 ou Legend of eight samurai / Satomi Hakkenden en 1983) ou bien encore celui du film de guerre (Under the flag of the rising sun / Gunki Hatameku Motoni en 1972). La partie la plus significative de sa filmographie s’illustre, cependant, au travers du genre policier, et plus particulièrement au sein d’une variante typiquement nippone de ce dernier, celle du film de yakuza, ou bien, en japonais, yakuza-eiga. Ses premières mises en scène concernant le monde des gangs nippons remontent au milieu des années 1960 (Threat / Odoshi en 1966). Ce n’est, cependant, qu’au début des années 1970 que Fukasaku va développer une lecture cinématographique éminemment personnelle du yakuza, et apporter une contribution définitive à ce pan de la cinématographie japonaise.
YAKUZA-EIGA ET REALISME. Les deux films projetés, dans le cadre de la soirée organisée par « Les Ancres Noires » au « Studio » le 21 mars 2004, constituent donc deux des plus remarquables exemples de la participation de Fukasaku au genre du yakuza-eiga. Cependant, lorsque celui-ci réalise ses premiers métrages mettant en scène le Milieu nippon au cœur des années 1960, ce genre s’inscrit dans le paysage cinématographique japonais depuis déjà plusieurs décennies. En effet, le yakuza-eiga fait son apparition dès la fin des années 1920. En 1927, sort, par exemple, sur les écrans japonais, Chuki’s Travel Diary / Chuji Tabi Nikki, réalisé par Daisuke Ito, mettant en scène les exploits du chef de gang Chuji. Quelques années plus tard, sort La légende de Miyamoto Musashi, datant de 1931 et mis en scène par Hiroshi Inagaki. Si la Seconde Guerre mondiale met un coup d’arrêt à ce type de productions, les années 1950 et 1960 assisteront à un redémarrage du genre, porté par un engouement public croissant. La vision qui est donnée du Milieu nippon, dans les immédiates années d’après-guerre, reste cependant marquée par une approche souvent idéalisante, faisant du yakuza une figure héroïque et chevaleresque, sorte de réincarnation moderne du samouraï. On parle, d’ailleurs, alors plus volontiers de ninkyo-eiga (ou films de chevalerie) que de yakuza-eiga. Lorsque Kinji Fukasaku s’attelle à son tour à la mise en scène de films narrant les trajectoires criminelles des mafieux nippons, la liste des yakuza-eiga est donc déjà longue. Et le genre est, a priori, strictement codifié. Cependant, Fukasaku va rapidement imprimer une patte inédite et profondément personnelle à un genre cinématographique éprouvé. Ses films affirment tout d’abord leur profonde originalité par leur volonté de s’inscrire dans un contexte historique et social rendu avec le plus grand réalisme possible. Pour cela Fukasaku n’hésite pas à faire appel, par moments, aux techniques du documentaire. Guerre des gangs à Okinawa / Bakuto Gaijin Butai revêt, pour l’essentiel du métrage, une forme encore relativement classique. Ce film s’inscrit d’ailleurs dans une série de pas moins de dix titres, initiée en 1964, donc au cœur de la vague des ninkyo-eiga et dont Fukasaku ne réalisera que les deux derniers. Il met en scène la lutte à mort pour le contrôle de fiefs mafieux entre bandes rivales, au sein desquelles évoluent des figures de truands archétypales, pour ne pas dire caricaturales, portant des sobriquets aussi évocateurs que ceux de « l’Ancien », « le Requin » ou bien encore le « Caïd manchot ». Quant à Gunji, héros du film, il représente la figure classique et hyper virile, pour ne pas dire machiste, du chef de clan imperturbable, impeccablement habillé et dissimulé derrière d’inamovibles lunettes noires. On ajoutera que Gunji est interprété par Koji Tsuruta, l’un des acteurs les plus fameux, pour ne pas dire iconiques, de la vague du ninkyo-eiga. Fukasaku ne dispose donc, a priori, que d’une marge de manœuvre personnelle réduite lorsqu’il s’attelle à la réalisation de ce qui prend toutes les allures d’un simple film de commande. Il va cependant réussir, du moins partiellement, à y introduire sa patte artistique. Le souci documentaire est, en effet, déjà présent. Ainsi, l’arrivée du gang de Gunji à Okinawa est l’occasion d’une authentique séquence de reportage filmé dans les rues de la ville, caméra à l’épaule et vraisemblablement à la sauvette, si l’on en juge aux visages on ne peut plus surpris des passants qui croisent l’objectif de la caméra. Au travers de quelques plans, qui ont quasiment valeur de document historique, Fukasaku donne à voir l’omniprésence de l’armée américaine dans la ville. C’est cependant avec Combat sans code d’honneur / Jingi Naki Takatai que Fukasaku va pousser le plus loin son souci d’inscrire ses gestes criminelles dans un contexte historico-social rigoureusement reconstitué. Le métrage semble, d’ailleurs, osciller en permanence entre le film policier et le film historique. Ainsi les premières séquences de Combat sans code d’honneur / Jingi Naki Takatai revêtent les allures d’une version nippone d’ Allemagne année zéro de Roberto Rossellini. Le générique du film prend, en effet, la forme d’un montage de photos d’époque résumant de façon saisissante les dernières semaines de la Seconde Guerre mondiale au Japon, depuis le bombardement atomique de Hiroshima jusqu’au basculement du pays dans une ruine quasi-totale à la suite de la défaite. Puis, les images d’époque laissent place à celles de la fiction. Mais ces dernières s’efforcent encore de coller au plus près à la catastrophique réalité de l’après-guerre au Japon. Ainsi, les protagonistes du film débutent leur carrière criminelle sur fond de bidonvilles, reconstitué avec un vérisme exacerbé et rompant, par exemple, avec l’approche poético-onirique qu’en fait Akira Kurosawa dans Dodes’Kaden, sorti sur les écrans japonais quelques mois auparavant en octobre 1970. Au travers de scènes, qui là encore relèvent plus des codes visuels du reportage filmé que de l’esthétique traditionnelle de la fiction cinématographique, Fukasaku n’hésite pas, non plus, à mettre en scène la corruption et le clientélisme qui gangrènent une démocratie libérale à la japonaise, pourtant à peine naissante. Le même souci documentaire prévaut lorsque Fukasaku s’attache à dépeindre la vie quotidienne dans le Milieu japonais. Fukasaku s’efforce de coller au plus près à la réalité en n’hésitant pas à s’adjoindre les services, à titre d’acteur puis de conseiller technique, d’un authentique yakuza : Noboru Andô. L’ex-truand, reconverti dans le métier d’acteur à la fin des années 1960, apparaît tout d’abord en tant que comédien dans Guerre des gangs à Okinawa / Bakuto Gaijin Butai. Jouant le rôle de Kudo, il y campe une figure de yakuza taciturne, aux limites de l’autisme, dont la violence jaillit de façon imprévisible et paroxystique, et qui n’est pas sans annoncer les personnages incarnés, quelques années plus tard par Takeshi Kitano. Il jouera dans d’autres films de Fukasaku, comme Yakuza moderne : Okita le pourfendeur / Gendai Yakuza : Hitokiri Yota, présent dans le même coffret édité par Wild Side que Guerre des gangs à Okinawa / Bakuto Gaijin Butai . Par la suite, il fera office de conseiller technique sur le tournage de Combat sans code d’honneur / Jingi Naki Takatai,permettant ainsi de donner au film de Fukasaku une véracité jusque-là rarement atteinte dans les yakuza eigas. Fukasaku dépeint, ainsi, avec exactitude le système hiérarchique strict qui est à la base de l’organisation du Milieu japonais. Ce dernier, hérité de la société féodale du XVIIIè siècle japonais, s’appuie sur le système de l’oyabun-kobun. L’oyabun , en tant que patron d’un clan de yakuzas, exige du kobun, son subordonné, une obéissance et un dévouement aveugles. Un vieux dicton, toujours en vogue dans le Milieu japonais, affirme d’ailleurs que « Si le patron [ou oyabun] voit blanc un corbeau qui passe, il faut l’approuver. ». Ce dévouement peut aller jusqu’aux manifestations les plus extrêmes. On pensera, bien entendu, à la pratique rituelle du yubitsume qui consiste, pour le kobun, à s’amputer cérémonieusement la phalange supérieure du petit doigt, lorsqu’il s’est rendu coupable d’une faute à l’égard de son oyabun. Combat sans code d’honneur / Jingi Naki Takatai recèle, à ce titre, une scène reconstituant avec soin cet épisode incontournable de la vie du kobun, non sans y ajouter une ironie mordante. La dévotion ne se manifeste cependant pas seulement par l’automutilation, mais peut aller, pour le kobun, jusqu’à endosser la responsabilité d’un crime commis par son oyabun et à prendre la place de ce dernier en prison. Le code d’honneur qui régule les relations entre oyabuns et kobuns se résume, en langue japonaise, grâce à un mot unique, celui de jingi (ou bien encore chevalerie). Hirono, le principal protagoniste de Combat sans code d’honneur / Jingi Naki Takatai forme ainsi la figure exemplaire du parfait oyabun, entièrement attaché à la cause de son chef de clan, et respectant scrupuleusement les exigences du jingi. Ainsi il va perdre indifféremment pour son oyabun l’un de ses doigts ou bien des années entières de sa vie lorsqu’il s’agit d’aller en prison. En échange, l’oyabun est censé garantir à son kobun conseils, protection et secours. Gunji, le héros de Guerre des gangs à Okinawa / Bakuto Gaijin Butai constitue l’incarnation achevée du chef entièrement dévoué à ses lieutenants. Ainsi, il va tenter, par tous les moyens, y compris au risque de se heurter à plus puissant que lui, de reconstituer un fief afin de permettre aux membres déchus de son gang de recouvrer leur rang au sein de la pègre nipponne.
YAKUZA-EIGA ET CRITIQUE SOCIALE. La spécificité des films de Fukasaku ne se borne cependant pas à donner à voir le Milieu japonais, et le pays et la société au sein desquels il prospère, tels qu’ils sont réellement. La peinture sociale et historique se double d’un regard sans concession sur son sujet. Il n’hésite pas à rompre profondément avec les approches cinématographiques idéalisantes du yakuza qui avaient prévalu jusque là, au travers des ninkyo-eigas. Pour Fukasaku, il est clair que si la pègre japonaise s’appuie sur des codifications pluriséculaires et des valeurs traditionnelles, en apparence séduisantes, elles ne servent en fait qu’à dissimuler un système d’exploitation sauvage et, dans la réalité, totalement exempt de jingi. Ceux qui s’appliquent à respecter le jingi, parce qu’ils y croient réellement, et à être de parfaits kobuns, sont en général les dindons d’une immense et tragique farce sociale. À l’image de Hirono, le héros de Combat sans code d’honneur / Jingi Naki Takatai, ils se font manipuler par des oyabuns veules, peu soucieux de leurs fidèles car attachés à la seule satisfaction de leurs égoïstes intérêts. Et lorsque se dessine, exceptionnellement, la figure d’un oyabun véritablement empreint des principes du code d’honneur, à l’image de Gunji, le héros de Guerre des gangs à Okinawa / Bakuto Gaijin Butai , il est, de toutes les façons, balayé par des clans plus puissants et dirigés par des oyabuns peu scrupuleux. Si Fukasaku dénonce le caractère mensonger des traditions hiérarchiques qui sous-tendent le Milieu japonais, il n’hésite pas, non plus, à en démontrer la dimension, à terme, névrotique. Non seulement le système n’est qu’un leurre pour permettre la manipulation de ceux qui y croient véritablement et rendre possible leur exploitation, mais il impose, en plus, une telle aliénation que certains finiront par devenir véritablement fous au contact dudit système. Yakuza moderne : Okita le pourfendeur / Gendai Yakuza : Hitokiri Yota (1972) et Le cimetière de la morale / Jingi No Hakaba (1975) , présents dans chacun des deux coffrets édités par Wild Side, dressent le portrait de héros éminemment individualistes, peinant logiquement à trouver leur place dans un monde hiérarchisé par la relation oyabun-kobun. Littéralement incapables de tolérer le poids social et psychologique qu’elle implique, ils n’auront d’autres choix que d’entrer en conflit avec le système et d’être, bien entendu, brisés par celui-ci au terme de trajectoires manifestement suicidaires … Il serait, cependant, illusoire de considérer que la charge de Fukasaku n’est dirigée que contre le seul Milieu nippon. A travers ses yakuzas-eigas, Fukasaku s’en prend plus largement à un aspect constitutif de la civilisation japonaise. La relation oyabun-kobun n’est pas le propre de la seule pègre. Elle sous-tend, en effet, l’ensemble de la société de l’archipel. La dichotomie, entre oyabun et kobun, se retrouve aussi bien au sein de la famille (les enfants y sont soumis aux parents et notamment au père), du couple (la femme est l’inférieure de l’homme), du système éducatif (on parle plus volontiers de maître et de disciple que de professeur et d’élève) ou bien encore de l’entreprise (l’employé est strictement soumis à un patron, qui est parfois assimilé à un véritable mentor). À terme, Fukasaku dresse donc, au travers de ses yakuzas-eigas, le portrait désespéré d’une société japonaise essentiellement partagée entre manipulateurs et manipulés, et où ceux qui tentent d’échapper à cette situation ne peuvent le faire qu’en s’abandonnant à une logique suicidaire. Cette combinaison explosive entre cinéma de genre et critique sociale, portée par une esthétique d’inspiration documentaire, rencontrera un large succès auprès du public japonais, sans doute lassé du romantisme et des faux-semblants du ninkyo-eiga. La société nippone est, en effet, traversée depuis les années 1960 par une vague de contestation s’exprimant au travers de mouvements étudiants ou bien, de manière plus radicale, s’incarnant à l’extrême droite dans la dérive putschiste d’un Mishima ou à l’extrême gauche dans les actions terroristes de l’Armée Rouge Japonaise. Sans doute les Japonais attendaient-ils qu’un cinéaste leur donne à voir, sur grand écran, leur malaise civilisationnel. Pour répondre à la demande du public quatre autres épisodes formant la série des Combat sans code d’honneur / Jingi Naki Takatai suivront jusqu’en 1974. Quant au style de Fukasaku, il fera école et l’on parlera désormais de jitsuroku rosen (ou ligne réaliste), pour désigner les films s’inspirant de la démarche documentaire et sociale du réalisateur. L’ultime œuvre de Fukasaku, Battle Royale, manifestera une dernière fois le scepticisme du réalisateur à propos des fondements mêmes de la société japonaise. Le film se présente comme une nouvelle dénonciation des fissures de l’édifice social nippon. Après avoir mis à jour dans ses yakuzas-eigas la perversité et la nocivité des rapports sociaux tissés dans le monde des adultes, il s’attachera à mettre en évidence les conséquences catastrophiques de la toxicité des structures collectives nippones au sein, cette fois-ci, de la jeunesse.
DE LA SUEUR, DU SANG ET DES LARMES … Cependant, la dénonciation historique et sociologique à laquelle se livre Fukasaku ne revêt pas les oripeaux d’une lourde et didactique démonstration politico-sociale… Fukasaku œuvre, rappelons-le, au sein du film de genre et doit, en tout premier lieu produire des métrages qui en « donnent pour leur argent » au spectateur nippon avide de sensations fortes. Guerre des gangs à Okinawa / Bakuto Gaijin Butai et Combats sans code d’honneur / Jingi Naki Takatai offrent donc leur comptant d’images chocs. Les deux métrages sont traversés de moments de violence fulgurante, durant lesquels les corps se heurtent et s’entredéchirent à coups de poings, de poignards ou de sabres. Les coups de feu fusent de toutes parts durant des gun fights d’anthologie. Sur le sol dur et froid de bars enfumés, de ruelles humides ou bien de quais crasseux s’entassent alors les cadavres ensanglantés et mutilés. La caméra se fait, durant ces scènes, quasi hystérique, empruntant volontairement des angles inhabituels pour donner littéralement à voir l’ébranlement de la part rationnelle des personnages face à l’irruption de la violence chez leurs adversaires comme chez eux. La vision de ces éclats de barbarie ont constitué des expériences cinématographiques essentielles pour des cinéastes tels que Takeshi Kitano (Sonatine prend de lointains échos de remake de Guerre des gangs à Okinawa / Bakuto Gaijin Butai ) ou bien encore Takashi Miike (en témoigne la série des Dead or alive), John Woo (les deux opus du Syndicat du crime, ou bien The Killer sont tributaires par nombre d’aspects esthétiques comme thématiques des films de Fukasaku) ou bien encore Quentin Tarantino dont Kill Bill porte d’évidentes traces de l’influence de l’auteur de Combat sans code d’honneur / Jingi Naki Takatai. Agissant massivement sur les tripes du spectateur, Fukasaku n’hésite pas, par ailleurs, à jouer sur la corde des sentiments. Le réalisateur va ainsi puiser des moyens cinématographiques dans un autre registre du film de genre, en l’occurrence celui du mélodrame. Dans les deux métrages, projetés lors de la soirée du 21 mars 2004 organisée par « Les Ancres Noires » au « Studio », se dessine la figure archétypale et pathétique de la compagne du yakuza, dont la passion amoureuse ne trouvera, finalement, à se réaliser que dans un veuvage plus ou moins rapide. Ainsi, Gunji, le héros de Guerre des gangs à Okinawa / Bakuto Gaijin Butai trouve quelque réconfort auprès d’une prostituée au grand cœur, sosie de celle qui n’a pas su l’attendre durant ses dix années de détention, et qui ne manquera pas de s’éprendre de lui. Leur brève idylle se soldera par des adieux déchirants, précédant de quelques heures la mort brutale du caïd. Dans Combat sans code d’honneur / Jingi Naki Takatai, le personnage secondaire de Wakasugi, indéfectible soutien du héros du film Hirono, assumera (brièvement …) la part mélodramatique du film. C’est, en effet, sous les yeux mêmes de sa compagne qu’il terminera sa trajectoire criminelle, fauché par les balles de la police. Celle-ci, brisée par la mort brutale de son amant, viendra alors se joindre à la cohorte des veuves de yakuza.
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