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de Narciso Ibáñez Serrador Un DVD WILD SIDE VIDEO
Un article de PIERRE CHARREL
Lutte des classes d’âge en milieu insulaire ibérique… Le réalisateur Narciso Ibáñez Serrador, pourtant âgé de 73 ans à la date à laquelle ces lignes sont écrites, n’est l’auteur que de deux longs métrages de cinéma. L’essentiel de sa carrière s’est déroulée à la télévision espagnole pour laquelle il a mis en scène des séries, des téléfilms et même des jeux télévisés ! Si l’œuvre cinématographique de Narciso Ibáñez Serrador est donc numériquement des plus limitées, elle est pourtant qualifiée d’essentielle par nombre de critiques défendant le cinéma de genre. Son premier film, LA RÉSIDENCE (1969), est notamment considéré par certains d’entre eux comme ayant exercé une influence indéniable sur Dario Argento lors de la réalisation de SUSPIRIA, l’une de ses œuvres majeures si ce n’est le chef-d’œuvre du maestro transalpin. La trame narrative de LA RÉSIDENCE, une jeune fille enquête sur les agissements criminels qui secouent le pensionnat qu’elle vient d’intégrer, rappelle en effet fortement celle de SUSPIRIA. LES RÉVOLTÉS DE L’AN 2000, le deuxième des longs métrages mis en scène par Narciso Ibáñez Serrador, sort quant à lui en 1976. Narciso Ibáñez Serrador évoque cette fois-ci le destin aussi étrange que tragique d’un couple de jeunes touristes britanniques venus goûter les plaisirs estivaux du littoral espagnol. En quête d’un lieu de villégiature plus tranquille que la trop fréquentée station balnéaire où leurs vacances ont débuté, Evelyn et Tom se rendent dans une île située à quelques heures de bateau de la côte. Bien mal leur en prendra ! Les deux personnages constateront bientôt que ce coin insulaire d’Espagne d’allure pourtant si paisible est devenu le cadre d’une relecture apocalyptique de SI J’ÉTAIS PRÉSIDENT, chanson de Gérard Lenorman en son temps fameuse ! Les enfants s’y sont non seulement emparé du pouvoir mais, non contents de renverser l’ordre hiérarchique traditionnel, ils y exterminent aussi systématiquement que brutalement les adultes, y compris leurs propres parents. Pris au piège de cette île dont les princes sont des enfants tueurs, les deux héros entament alors une lutte acharnée pour leur survie. Leur combat s’avérera d’autant plus éprouvant qu’il leur faudra bientôt se confronter à un tabou majeur exprimé par le titre original du film : QUIÉN PUEDE MATAR A UN NIÑO ?, ou QUI OSERAIT TUER UN ENFANT ? La question à laquelle Evelyn et Tom n’auront en revanche guère le temps de penser est la raison de cette soudaine mutation des enfants en brutes sadiques et impitoyables. Le scénario, s’axant principalement sur les efforts désespérés des héros pour échapper à la furia infantile, fait en effet volontairement l’impasse sur les causes de ce singulier désordre. Narciso Ibáñez Serrador livre cependant un indice essentiel à la compréhension du spectacle qu’il donne à voir au spectateur par le biais du générique des LES RÉVOLTÉS DE L’AN 2000. Le film s’ouvre par un montage d’images d’archive évoquant la Shoah, la Guerre de Corée, celle du Vietnam ou bien encore le conflit du Biafra. Cette synthèse iconographique de quelques-unes des plus grandes catastrophes du XXème siècle souligne en outre la place très, trop, importante occupée par les enfants parmi les victimes de ces conflits. Ainsi que Narciso Ibáñez Serrador le fait dire à l’un de ses personnages par la suite, « Ce sont toujours les enfants qui trinquent »… Et dans cette perspective, la folie meurtrière qui s’est emparée des enfants apparaît rien moins que comme une réaction d’autodéfense salvatrice face à des adultes qui font de leur progéniture les victimes systématiques des guerres qu’ils se font ! Porteur d’un sous-texte politique d’autant plus subversif qu’il est énoncé dans une Espagne n’ayant pas encore rompu avec presque quarante ans de franquisme, LES RÉVOLTÉS DE L’AN 2000 se range ainsi, aux côtés de LA NUIT DES MORTS-VIVANTS de Georges A. Romero, dans la catégorie des fictions horrifiques à forte tonalité idéologique.
Le DVD WILD SIDE VIDEO Cette filiation entre LA NUIT DES MORTS-VIVANTS et LES RÉVOLTÉS DE L’AN 2000 est par ailleurs clairement assumée par le directeur de la photographie du film de Narciso Ibáñez Serrador qui s’exprime dans les bonus proposés par WILD SIDE VIDEO. José Luis Alcaine, à l’occasion d’un entretien d’un peu plus d’un quart d’heure, apporte ainsi de précieux éclairages sur la genèse artistique du film. Il fait aussi état de l’influence des OISEAUX d’Alfred Hitchcock, un film tirant lui aussi sa force d’impact de la transformation de l’apparemment inoffensif en hautement destructeur ! Les suppléments, particulièrement fournis, comprennent aussi une intervention de Narciso Ibáñez Serrador qui indique, notamment, avoir volontairement supprimé la dimension fantastique du roman dont est inspiré LES RÉVOLTÉS DE L’AN 2000, sans doute soucieux d’ancrer son propos dans le réel afin d’en intensifier la portée politique. On peut aussi entendre s’exprimer quelques figures majeures du cinéma de genre ibérique contemporain (Guillermo del Toro, les réalisateurs Juan Antonio Bayona, Jaume Balagueró et Paco Plaza) témoignant de leur admiration et de leur dette artistique à l’égard de Narciso Ibáñez Serrador. Ajoutons, enfin, que LES RÉVOLTÉS DE L’AN 2000 est présenté dans une copie de toute beauté avec une bande son à l’avenant. Le travail effectué par WILD SIDE VIDEO étant, une nouvelle fois, de très grande qualité tant en ce qui concerne le report du film que le contenu éditorial.
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