Les Ancres Noires, en collaboration avec les bibliothèques municipales du Havre, reçoivent

Jean-Bernard POUY

Le HAVRE (22/04/08)

 

Soirée animée par Philippe Brard,

Lectures par Gille Crépin

 

  1. Jean-Bernard raconte la naissance et la mort du Poulpe

·                    En 1995, période un peu « trouble », lors d’une soirée entre écrivains de polars … donc un peu arrosée… naît l’idée d’un héros anti-SAS, héros de littérature populaire, mais de gauche !

      Ce héros devra habiter le 11ème arrondissement de Paris (seul arrondissement sans touristes parce que sans monuments à visiter !) et boire de la bière, uniquement de la bière, boisson populaire. Et être « libertaire », pour ne pas dire « anarchiste » et prendre le risque de se fâcher avec quelques auteurs !

En tant que « anti-SAS » sa copine doit être une « anti-brune-Princesse-Alexandra », d’où Cherryl-blonde-coiffeuse- adorant les peluches roses. D’où aussi un patron de café humaniste, Gérard, doté d’un berger allemand, soit, mais inoffensif car presque aveugle, sourd et anosmique, dénommé Léon en référence à Trotski. D’où enfin Vlad, l’employé du café, travailleur immigré dont on ne sait pas grand chose si ce n’est que c’est lui qui prépare les pieds de porc !

Entre deux enquêtes, quand il a réussi à prendre un peu d’argent sur le dos de la bête, il reconstruit un avion « républicain », comme SAS reconstruit son château !

·                    Un des gros problèmes des héros de polar, c’est le matériel. Gabriel Lecouvreur, dit le Poulpe, trouve tout chez Pedro, émigré espagnol, de la pince à épiler au char d’assaut !

·                    Pourquoi »Le Poulpe » ? A cause de « PULP », en américain dans le texte, papier recyclé sur lequel étaient imprimés les polars ! Et pourquoi Gabriel Lecouvreur ? Peut être à cause de l’archange ? Et peut être à cause d’ »Hôtel du Nord » ?

·                    Pouy signe le 1er : « La petite écuyère a cafté »

Dix auteurs sont pressentis pour les dix premiers livres : ils remportent un tel succès immédiat que le journal « L’Humanité » titre « Vive l’anarchie et mort aux cons ! »

JBP a sollicité des auteurs, d’autres l’ont sollicité, Villard a toujours refusé d’en commettre un, Jonquet a d’abord refusé, Akkouche a eu là sa première chance d’être édité…

Et c’est ainsi que JB Pouy est débordé, promet d’éditer tous les Poulpe qu’il recevra (veillant quand même à ce qu’un facho ne glisse pas un manuscrit) et voit se transformer « sa » série poulpienne en gigantesque atelier d’écriture !!! Il y a bientôt 2OO titres, plus ou moins réussis … Bientôt, surtout, l’éditeur « la Baleine » est ruiné, repris par Le Seuil, et Jean Bernard démissionne car le Poulpe lui échappe…

Le Poulpe a fait école, entre autres « Le Furet », série pour enfants. Et il y a eu quelques « Poulpes sauvages », édités par leurs auteurs, à leur risque vis-à-vis du Seuil …

 

2.       « La Bible » : réduite à 3 ou 4 feuillets. Outre la bière Jean Bernard Pouy impose quelques règles :

·        Le point de départ doit toujours être un fait divers, trouvé dans un journal local.

·        L’histoire commence toujours dans le café de Gérard où Gabriel lit ce journal.

·        Le titre doit être un jeu de mot, le plus mauvais est le meilleur !

·        Ne jamais oublier que Gabriel est un orchidoclaste! (casse-couilles en xyloglotte)

·        Au départ, vite oublié, un flic le pourchasse : Vergeat (pour les lents dans mon genre, Javert en verlan !)

·        L’auteur doit fournir au Poulpe un livre de voyage, afin de faire la promotion d’un ouvrage peu connu. Concept un peu oublié …

·        Le personnage doit servir à dénoncer quelque chose : ce qui a provoqué quelques débuts de procès, des maires n’ont pas apprécié de voir racontées certaines histoires de corruption…

·        A part ça l’auteur est totalement libre (sauf de tuer Gabriel !) . Gabriel aussi a tous les droits : c’est le plaisir de l’auteur de polar de tuer sans risque !

·        Gabriel doit avoir 35 ans à perpète, comme Tintin a toujours le même âge. Certains auteurs ont voulu le faire vieillir, fêter ses 40 ans etc. .. sans Pouy !

           

3. « Roman Populaire » :

La littérature populaire nous ramène à Balzac dont les romans ont d’abord paru en feuilletons, à Maurice Leblanc etc. … Un roman populaire est écrit pour le plus grand nombre de lecteurs possible ! C’est là où Balzac est un auteur populaire, mais pas Flaubert, Balzac dont Pouy nous dit qu’il est le vrai inventeur du roman policier avec « Une ténébreuse affaire » dont les péripéties rappellent étrangement celles de Chirac à l’hôtel de ville de Paris !

Roman « populaire » ne veut pas dire idiot !

L’écriture d’un ouvrage « populaire » est un peu spéciale : il ne faut surtout pas que ce soit ennuyeux, le langage n’est pas forcément châtié. Comme dans les feuilletons du XIXème siècle il y a la possibilité de se laisser aller …

« San Antonio » c’est du roman populaire, sans histoire, mais avec de la création linguistique.

Par ailleurs, Pouy avoue ne pas aimer le roman policier, mais aimer le roman noir, dont il attribue la paternité à Sophocle avec Œdipe Roi ! On aura appris beaucoup de choses ce soir !

 

               En conclusion notons que Le Poulpe a généré deux marques de bière, un film, une marque de sardines en boîte mais pas de feuilleton télévisé (Jean Bernard a refusé, pour ne pas tuer le personnage, disant préférer le Navarin d’Agneau au Navarro d’Hanin) et pas encore d’école ou de collège !

         Notons surtout que ce fut une soirée magique ! Que du bonheur !

         Et pour ne pas lui laisser l’exclusivité des jeux de mots, citons Christian :

       « Quand Ji-Bé nous  éclaire   avec tant d' intelligence et d'humour..... c'est un Pouy de lumière.! »

         J’aurais parlé d’un phare … mais ça colle moins bien !

         N’hésitez pas à aller suivre les nouvelles aventures du Poulpe sur « Rue 89 » : http://www.rue89.com

           A vos Pouy !                                                                                                             Brigitte

photos : Alain DAUBEUF