|
||||
|
« Milan est une ville de fous et de chiens » A propos de quelques romans de Andrea G. Pinketts Article de Florence Ligonnière
Cette phrase extraite du premier roman d’Andrea G. Pinketts, Le Vice de l’Agneau, résume très bien le projet original de son auteur : faire partager, au fil d’une intrigue criminelle ayant Milan pour décor, le sort de personnages récurrents qui sont pour beaucoup plus qu’étranges, et pour certains des chiens. Car pour Pinketts, même un chien mérite un instant d’attention et un portrait, surtout quand sa maîtresse est peut-être une demoiselle qui succombera aux charmes de Lazare Santandrea. Héros (ou anti-héros ?), ce jeune Milanais de trente ans environ, vit encore plus ou moins chez sa mère et sa grand-mère, a de nombreuses aventures amoureuses, fait des publicités pour les préservatifs quand l’occasion s’en présente, arpente la ville à pieds et, entouré de ses amis, se lance dans les intrigues les plus étonnantes. Pinketts ne craint pas en effet de nous appâter avec une vieille petite fille tueuse de pigeons, une jeune fille habillée en père Noël, ou un clochard ayant vu la vierge. Le mystère nous prend, on est intrigué, comme Lazare. Mais avec lui, il ne faut pas être pressé car il retrouve alors une vieille connaissance, ou bien un ennemi, et ils partagent un verre. Et pendant ce temps, que devient notre mystère ? Il s’épaissit. Chez Pinketts, les personnages parlent, fantasment à voix haute, se souviennent, sont follement désespérés ou désespérément fous, se donnent des coups, s’enfuient, font des jeux de mots et enquêtent. Mais jamais aucune de ces « activités » ne prend le pas sur l’autre. Chez Pinketts, rien n’est important, et tout l’est. Santandrea est sans doute un peu fou, et ses amis aussi. Les assassins le sont aussi. Mais cette folie est précieuse : elle donne aux romans de Pinketts un ton unique, une humanité remarquable et un humour rare. Sans se prendre au sérieux, Pinketts nous entraîne dans les méandres de l’âme humaine et de la société italienne, et l’une est souvent aussi tordue que l’autre ! Sans cynisme, et avec un goût très sûr de l’absurde et de l’ironie, il nous emmène aussi bien dans des courses poursuites que dans des méditations existentielles. Sans idéaliser ni critiquer sa ville, Pinketts fait de Milan le cadre évident des aventures de Lazare : des rues chics aux bas-fonds, du Dôme aux bars, de la gare aux Navigli, Milan est là, toute entière, folle et humaine. [Nous vous recommandons, pour éviter d’être déstabilisé par le style de Pinketts et par les détours de son personnage, de commencer par Le Vice de l’Agneau. Si l’« expérience » est plaisante, nous vous conseillons de lire également Le Sens de la Formule et La Madone assassine. (Les romans de Pinketts sont édités chez Rivages / Noir ou Rivages / Thriller).]
|
||||