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d’Hideo Gosha Un DVD WILD SIDE VIDEO
Un article de PIERRE CHARREL
Hideo Gosha, du film de samouraï au "polar" La publication par WILD SIDE VIDEO en avril 2008 de pas moins de six films mis en scène par Hideo Gosha vient heureusement rappeler la place essentielle occupée par celui-ci dans le cinéma de genre japonais. Sa filmographie, forte de vingt-quatre films réalisés entre le milieu des années 1960 et le début des années 1990, se hisse en effet aisément au niveau de celle d’un cinéaste aussi reconnu en la matière que Kinji Fukasaku. Né en 1929 à Tokyo, Hideo Gosha fait ses premières armes à la télévision japonaise où il entre en 1952. Le futur cinéaste y travaille plus d’une dizaine d’années en tant que producteur et metteur en scène. Mais le succès de l’une de ses réalisations télévisuelles, la première saison de la série LES TROIS SAMOURAÏS HORS-LA-LOI, permet finalement à Hideo Gosha d’attirer l’attention de la société de production cinématographique Shochiku. Cette dernière lui demande alors d’adapter LES TROIS SAMOURAÏS HORS-LA-LOI pour le grand écran. Le film qu’Hideo Gosha en tire en 1964 rencontre à son tour un large public. Fort de cette réussite initiale, Hideo Gosha va désormais se consacrer au seul cinéma. Hideo Gosha s’impose par la suite comme un spécialiste particulièrement brillant du chambara, un genre dévolu aux exploits martiaux des samouraïs et auquel Akira Kurosawa a conféré ses lettres de noblesse avec LES SEPT SAMOURAÏS (1954). Concernant ce pan de la filmographie d’Hideo Gosha, on retiendra plus particulièrement deux œuvres de 1969 considérées comme des sommets du genre : GOYOKIN, L’OR DU SHOGUN et HITOKIRI LE CHÂTIMENT. Tous deux sont disponibles chez WILD SIDE VIDEO. Le premier a été édité en 2006 et est toujours diffusé. HITOKIRI LE CHÂTIMENT fait quant à lui partie des six titres sortis en avril 2008. Le film est présenté sous la forme d’un coffret de deux DVD. Le premier comprend le long-métrage restitué dans des conditions techniques de grande qualité. Le second DVD est entièrement dévolu à des suppléments revenant aussi bien sur HITOKIRI LE CHÂTIMENT que sur la carrière du metteur en scène. Un documentaire inédit d’une cinquantaine de minutes, dans lequel interviennent aussi bien Hideo Gosha lui-même que sa fille et ses proches collaborateurs, offre ainsi une vision d’ensemble de ses films relevant du chambara. Hideo Gosha ne s’est cependant pas cantonné au seul film de sabre. Il a par exemple œuvré dans le registre de la fresque historique avec 226, « récit de la révolte des officiers de l’armée impériale en 1936 »[1]. Et il a aussi abondamment pratiqué le film criminel. Concernant ce dernier, le cinéaste en a, qui plus est, exploré de nombreuses catégories. LE SANG DU DAMNÉ (1966) prend ainsi la forme d’un « drame qui mélange habilement le style hard-boiled et le sentimentalisme poétique »[2]. LES LOUPS (1971) relève quant à lui du sous-genre du yakuza-eiga, et traite donc de la mafia japonaise. PORTRAIT D’UN CRIMINEL (1985) s’apparente quant à lui à un « drame social »[3]. Et c’est aussi au registre du cinéma criminel qu’appartiennent cinq des six DVD édités par WILD SIDE VIDEO en avril 2008. DANS L’OMBRE DU LOUP (1982), YOHKIRO, LE ROYAUME DES GEISHAS (1983), LA PROIE DE L’HOMME (1985), FEMMES DE YAKUZA (1986) et TOKYO BORDELLO (1987) campent tous leur action dans le milieu de la mafia nippone. La publication de ces titres permet donc de mieux cerner la spécificité de l’apport d’Hideo Gosha au genre du yakuza-eiga.
Des yakuza-eiga féministes ! Le plus ancien de ces films criminels édités par WILD SIDE VIDEO, DANS L’OMBRE DU LOUP, résume à lui seul les caractéristiques essentielles de la manière dont Hideo Gosha conçoit le genre. On notera tout d’abord la volonté du cinéaste d’inscrire le récit criminel dans un cadre historique relativement ancien[4]. DANS L’OMBRE DU LOUP se déroule ainsi durant les toutes premières décennies du XXème au Japon. Vêtements et décors d’alors sont en outre reconstitués avec autant de moyens financiers que de soin artistique. Pareil choix permet ainsi de singulariser visuellement le yakuza-eiga selon Hideo Gosha. La fiction mafieuse qu’est DANS L’OMBRE DU LOUP prend de la sorte la forme d’un authentique film en costumes. Et certaines séquences apparentent d’ailleurs le film plus au genre du chambara qu’à celui du film de gangsters. Cette contextualisation historique précise permet en outre au cinéaste d’évoquer au travers de la "petite" histoire fictive de ses personnages celle bien réelle du pays. DANS L’OMBRE DU LOUP fait ainsi clairement référence aux luttes politiques et sociales qui agitent l’Empire du soleil levant entre les deux guerres mondiales. Et notamment à celles opposant la droite nationaliste alors au pouvoir aux partis et syndicats de gauche. La seconde particularité qui distingue DANS L’OMBRE DU LOUP est la place conférée par Hideo Gosha aux personnages féminins. L’univers cinématographique foncièrement masculin du yakuza-eiga est en effet volontiers misogyne. Le genre n’offre en général à la femme qu’une place secondaire voire carrément subalterne. Les protagonistes féminins de la plupart des yakuza-eiga ne sont rien d’autre que des objets entièrement soumis aux pulsions érotiques ou violentes des gangsters. Le tout étant, qui plus est, évoqué de manière souvent complaisante… Cette vision de la condition féminine n’est certes pas absente de DANS L’OMBRE DU LOUP. Mais la peinture de la soumission sociale et sexuelle dont sont victimes les femmes dans le Milieu nippon y fait l’objet d’un traitement pour le moins critique. Et surtout, Hideo Gosha n’hésite pas à faire de ses personnages féminins des figures fortes s’efforçant de remettre en cause l’aliénation dont elles sont les victimes. On retrouvera l’ensemble de ces caractéristiques, à des degrés plus ou moins marqués, dans les autres films criminels d’Hideo Gosha édités par WILD SIDE VIDEO. On conclura en indiquant que les cinq films sont proposés dans des copies ayant fait l’objet d’une restauration très réussie. Et que le transfert sur DVD est, pour chacun d’entre eux, des plus satisfaisants. Quant aux suppléments, ils prennent à chaque fois la forme d’entretiens avec la fille d’Hideo Gosha ainsi qu’avec ses anciens collaborateurs. Et tous apportent de précieux éclairages sur la pratique du genre par Hideo Gosha. [4] Hideo Gosha n’est certes pas le premier à mêler histoire et yakuza-eiga. COMBAT SANS CODE D’HONNEUR (1973) de Kinji Fukasaku fait aussi référence à des épisodes de l’histoire japonaise. Mais le film ne remonte pas aussi loin dans le temps puisqu’il ne débute qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. |
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