Mo Hayder

Tokyo

 

 Editions Pocket

Par Anne-Marie Castelain

 

Mo Hayder a du talent. Peut-être que ce talent lui permet de nous embarquer dans une histoire invraisemblable située dans un contexte historique réel - celui de la guerre sino-japonaise. Une jeune anglaise complètement déjantée, part à Tokyo pour retrouver un témoin du massacre de Nankin. L’intérêt de ce témoin étant qu’il possède un film, réalisé par un journaliste, sur une scène terrible de ce massacre. Et Mo Hayder nous emmène dans un Tokyo très glauque : celui des bars, des hôtesses et du crime organisé. Ce qui est très tendance.

Cette collusion entre l’imaginaire et une terrible réalité m’a beaucoup troublée.

D’abord, la fascination de Mo Hayder pour la cruauté, la violence et le sadisme, dont elle fait son fonds de commerce, est agaçante. Si, à son insu, on pense immanquablement aux textes d’Artaud et de Bataille dont la force réside dans cette mise en abyme de notre humanité, Mo Hayder semble jouer, comme une petite fille, avec le fruit défendu et sa délectation banalise complètement un sujet qui ne peut pas l’être : le mal. C’est dommage car le fait historique sur lequel elle appuie sa fiction, les massacres perpétrés par les japonais sur les chinois durant la seconde guerre mondiale, perd, non sa cruauté mais sa dimension historique. Le récit bénéficie d’une documentation précise mais, malheureusement, on ne ressent, à sa lecture, qu’un terrible malaise.

Ce qui m’a renvoyée à deux ouvrages , L’attrapeur d’ombres, de Patrick Bard, et Zulu de Caryl Ferey, tous deux écrits sur les décombres de sociétés détruites, l’une par un génocide en ex-Yougoslavie, l’autre par l’Apartheid. Ces deux livres sont des fictions à suspens où la violence est omniprésente mais contrairement à Mo Hayder, elle n’est pas érigée en jouissance délétère, mais en terrible dénonciation, pleine de rage et de révolte, de nos dérives mortifères.

 

                        

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Pierre Charrel