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LIFE ON MARS L’INTÉGRALE
( article de PIERRE CHARREL ) Le flic qui venait du futur C’est à KOBA FILMS VIDEO que l’on doit l’édition française de LIFE ON MARS, une série britannique au postulat scénaristique si singulier et intrigant qu’on peine à en trouver l’équivalent dans la production actuelle ! Le tout premier épisode nous présente le personnage de Sam Tyler, interprété par le comédien John Sim. Sam est un jeune et brillant détective exerçant ses talents dans les rangs de la police de Manchester en ce début de XXIème siècle. À l’occasion de l’une de ses enquêtes, l’emmenant sur la trace d’un tueur en série, Sam est percuté par une automobile lancée à pleine vitesse. La caméra nous montre alors le personnage gisant inconscient sur la chaussée. La séquence suivante rassure fugitivement le spectateur quant à l’état de Sam. On y voit en effet ce dernier recouvrer ses esprits, visiblement sauf de toute blessure. Le spectateur comprend cependant rapidement que l’accident dont a été victime le policier, s’il l’a physiquement épargné, a généré d’imprévisibles conséquences… Si Sam Tyler se réveille bien à Manchester, il éprouve pourtant les plus grandes difficultés à reconnaître la ville dans laquelle il a toujours vécu. Et après quelques minutes d’errance dans les rues de la cité, force est de constater pour Sam qu’il ne se trouve plus en 2006 mais en 1973 ! L’accident a, apparemment, été l’occasion d’un inexplicable voyage dans le temps de trente ans en arrière. Tout d’abord égaré, Sam Tyler réussit cependant à retrouver en partie ses marques dans la Manchester de 1973. Il semblerait en effet que le jeune policier ne soit pas un étranger complet à cette époque qui n’est pourtant, a priori, pas la sienne. Une place l’attend au commissariat de la ville où il intègre bientôt une équipe d’enquêteurs menée d’une main de fer par le bouillant Gene Hunt, remarquablement campé par Philip Glenister. Débute dès lors pour Sam Tyler une existence à la fois étrange et angoissante et doublement placée sous le signe de l’enquête. Il lui faut d’une part assumer sa tâche de 'flic' de 1973. Homicides, braquages et trafic de drogue constituent le lot quotidien de la brigade de Gene Hunt. Chaque épisode des saisons 1 et 2 de LIFE ON MARS prend donc, en premier lieu, la forme d’un show policier ne dérogeant aucunement aux attendus du genre. Action, ludique ou musclée, et énigme, à tonalité sociale ou psychologique, sont ainsi au programme des deux saisons de LIFE ON MARS. Sam Tyler et Gene Hunt sont en outre secondés dans leurs investigations par une équipe d’enquêteurs aussi hétéroclite qu’attachante. S’y côtoient ainsi la délicieuse Annie Cartwright (Liz White), le lunaire Chris Skelton (Marshall Lancaster) et le fruste Ray Carling (Dean Andrews). Tous impeccablement joués, ces personnages forment un univers policier d’une grande densité humaine. Mais ces enquêtes classiquement policières sont doublées, à chaque épisode, d’une investigation relevant quant à elle de l’extraordinaire. Il s’agit en effet pour Sam Tyler de résoudre l’énigme que constitue sa présence dans le passé. Si les raisons précises de cette dernière demeurent largement impénétrables, le personnage acquiert cependant rapidement la conviction que ce voyage dans le temps obéit à un but précis. Il semblerait que Sam Tyler ait été envoyé trente ans en arrière pour s’acquitter d’une mission dont les tenants se trouvent à cette époque et les aboutissants dans le futur… Tout le problème étant de déterminer la nature de la dite mission.
LIFE ON MARS et CODE QUANTUM : un air de famille Pareil argument scénaristique ne manquera pas de susciter quelques souvenirs parmi les spectateurs les plus amateurs de séries télévisées. Ainsi présenté, LIFE ON MARS semble en effet faire écho à la série CODE QUANTUM dont les cinq saisons furent initialement diffusées aux États-unis entre 1989 et 1993. CODE QUANTUM narre les voyages temporels de Sam Beckett (Scott Bakula), un scientifique américain projeté dans le passé suite à une expérience scientifique dont le contrôle lui a échappé. Tout autant incapable de revenir dans le présent que Sam Tyler, Sam Beckett comprend lui aussi que sa plongée dans le passé obéit à une finalité. Et que son retour à son époque d’origine est déterminé par la réussite de l’entreprise qui lui a été confiée. Une seconde parenté scénaristique lie LIFE ON MARS à CODE QUANTUM. Tout comme Sam Beckett le faisait dans le cadre des États-unis, Sam Tyler devenu prisonnier du passé est amené à revisiter l’Histoire de la Grande-Bretagne. Et ce au moment où cette dernière n’est pas encore devenue la société post-industrielle et multiethnique dans laquelle le héros évolue en 2006. Cette exploration prend parfois des allures nostalgiques. Tel semble être le sentiment de Sam lorsqu’il enquête dans la Manchester ouvrière d’avant la désindustrialisation (saison 1, épisode 3). Et il en va de même lorsque le héros redécouvre un monde de supporters de football pas encore totalement contaminé par le hooliganisme (saison 1, épisode 5). Mais la plongée dans le passé historique peut être aussi conflictuelle. Sam Tyler ne manque pas d’être fréquemment choqué par la conception du monde pour le moins politiquement incorrecte que ses collègues, mâles et blancs, ont de la société. Le policier venu de 2006 se confronte à leur sexisme, apparaissant notamment dans le traitement réservé à Annie dans l’ensemble des épisodes. Sam doit aussi évoluer dans un univers où racisme et xénophobie ne se dissimulent guère (saison 2, épisodes 2 et 6). Quant aux personnes handicapées, elles sont encore traitées comme des êtres inférieurs (saison 1, épisode 2 et saison 2, épisode 4). Là encore à l’instar de Sam Beckett dans CODE QUANTUM, lorsqu’il était par exemple en contact avec l’intolérance du Vieux Sud raciste, Sam Tyler s’efforce alors d’initier ses collègues au respect de la différence, tel qu’il est prôné en 2006. LIFE ON MARS s’apparente enfin à CODE QUANTUM par sa dimension visuelle. Les deux séries se signalent en effet par leur reconstitution scrupuleuse du passé. Chefs décorateurs et costumiers[1], fortement mis à contribution dans un cas comme dans l’autre, ont ainsi fourni lieux, objets usuels et vêtements d’époque conférant aux passés recomposés par LIFE ON MARS et CODE QUANTUM une forte crédibilité.
“Am I mad, in a coma, or back in time?”[2] Si les deux séries entretiennent donc d’évidents points communs, la vision de l’intégrale de LIFE ON MARS empêche pourtant de la réduire à une variation britannique et criminelle de CODE QUANTUM. La série britannique se distingue de la série américaine par une profondeur scénaristique indéniablement supérieure ! La plus grande complexité de LIFE ON MARS se manifeste d’abord à propos de la réalité du voyage dans le temps effectué par Sam Tyler. CODE QUANTUM se positionne pour sa part clairement dans le registre de la science-fiction. Et à aucun moment des cinq saisons de la série, le scénario ne laisse planer d’ambiguïté quant aux sauts temporels de son héros. LIFE ON MARS entretient, et ce jusqu’à l’ultime épisode, une ambiguïté permanente à propos de la situation de Sam Tyler. Ce dernier est-il effectivement prisonnier du temps ? Ou bien est-il enfermé dans un univers mental généré par son seul esprit déréglé par l’accident qu’il a subi ? La série oscille en permanence entre ces deux hypothèses. L’extrême crédibilité, aussi bien matérielle qu’humaine, du monde dans lequel Sam évolue semblerait confirmer la première explication. On a en effet vu que le travail artistique caractérisant la série restituait les années 1970 de la façon la plus convaincante qui soit. Et les personnages dont Sam croise la route, régulièrement ou occasionnellement, n’ont rien de désincarné. Ils s’affirment au contraire par leur forte présence corporelle. Les personnages féminins dégagent une sensualité troublant authentiquement le héros. Tel est le cas d’Annie, tout au long de la série. Ou bien, à l’occasion de l’épisode 4 de la saison 1, d’une strip-teaseuse. Quant aux hommes, c’est par leur violence physique qu’ils manifestent leur réalité physique à Sam. Truands ou policiers, Gene Hunt tout particulièrement, donnent régulièrement du poing ! Mais LIFE ON MARS bascule parfois brutalement dans le registre de l’étrange. Et ce passage du registre policier à celui du fantastique fait alors voler les certitudes du héros en éclats. Et celle du spectateur. Ces séquences hallucinatoires, à la tonalité lynchienne, amènent logiquement Sam à remettre en cause la réalité du monde dans lequel il se trouve. Et, de là, à se questionner sur sa santé mentale et l’incidence de cette dernière sur son voyage temporel. Dans ces conditions, les motivations de la présence de Sam dans le passé demeurent-elles aussi radicalement mystérieuses. Et ce jusqu’au terme de la série. S’agit-il pour lui de modifier un passé réellement existant ? Ou bien est-il en lutte avec sa propre psyché ? Là encore, LIFE ON MARS diffère radicalement de CODE QUANTUM. La nature de la mission de Sam Beckett est en effet révélée de manière explicite dès l’épisode-pilote de la série. Le personnage comprend d’emblée qu’il a été envoyé dans le passé pour corriger les erreurs commises par des femmes et des hommes ayant fait un mauvais choix. Ces derniers se voient ainsi offrir, grâce à son intervention, une seconde chance d’accéder au bonheur. On apprendra qui plus est dans l’ultime épisode de la série que la mission lui a été attribuée par rien moins que Dieu lui-même ! On l’aura donc compris, LIFE ON MARS constitue un spectacle télévisuel radicalement intriguant. Et sollicitant donc l’intelligence du spectateur de manière bien plus stimulante que CODE QUANTUM. Alors que cette dernière se clôt sur un discours religieux finalement réducteur, LIFE ON MARS offre un final totalement inattendu. Et cette ultime séquence vient confirmer de manière spectaculaire l’irréductible originalité et l’intérêt de LIFE ON MARS dans le paysage mondial des séries télévisées. [1] On y joindra le responsable de la bande originale de la série, celui-ci ayant concocté un remarquable best-off de la musique alors diffusée sur les ondes britanniques. On ne saurait d’ailleurs trop conseiller de se procurer, en plus des DVD, le CD de la bande originale. [2] Il s’agit de la question que se pose Sam Tyler, en voix-off, au début de chaque épisode de LIFE ON MARS. Phrase que l’on pourrait traduire en français par « Suis-je fou, dans le coma ou bien ai-je voyagé dans le passé ? ».
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