LE VOYAGE DE LA PEUR

d’Ida Lupino

                         Un DVD BACH FILMS

       

  Un article de PIERRE CHARREL

 

 Un DVD historique !

 Ce n’est rien moins qu’un service majeur que BACH FILMS rend aux cinéphiles français en éditant, dans sa collection SERIAL POLAR, LE VOYAGE DE LA PEUR (1953). Grâce à BACH FILMS, ceux-ci peuvent enfin intégrer dans leur dévédéthèque une œuvre de la réalisatrice Ida Lupino (1918-1995). Cette dernière, après avoir débuté au cinéma en tant que comédienne, est l’une des pionnières de la mise en scène à Hollywood[1]. Si l’on suit Martin Scorsese, l’un de ses plus fervents admirateurs, Ida Lupino est même la première réalisatrice majeure du cinéma états-unien. Les six films réalisés par elle entre 1949 et 1953 constituent, selon le metteur en scène des AFFRANCHIS,  de « magnifiques réussites »[2]  et qui toutes « marquent une date dans l’histoire du cinéma américain » [3].                                                                                                                       

 Un tueur sur la route

 Le visionnage du DVD du VOYAGE DE LA PEUR édité par BACH FILMS amènera certainement le spectateur français à partager l’enthousiasme de l’auteur des INFILTRÉS. Ce long-métrage s’affirme en effet comme un condensé explosif de tension et de cruauté. Inspiré d’un fait-divers réel, LE VOYAGE DE LA PEUR narre l’éprouvante odyssée de deux hommes tombés sous la coupe d’un tueur psychopathe. Roy Collins (Edmond O’Brien) et Gilbert Bowen (Frank Lovejoy), en route pour une banale partie de pêche, sont pris en otages par Emmet Myers (William Talman). Ce dernier, un authentique tueur en série, cherche alors à fuir les Etats-Unis où ses crimes répétés lui assurent la peine capitale. Contraints de l’aider dans sa fuite sur les routes du désert mexicain, les deux hommes comprennent rapidement que Myers compte les exécuter une fois son but atteint. Collins et Bowen, vivant dès lors avec la certitude de leur mort imminente, doivent en outre endurer le sadisme du malfrat. Les humiliations verbales, puis physiques, poussent peu à peu les deux hommes aux limites de la résistance psychologique.

Cette "mortelle randonnée" est filmée par Ida Lupino avec un art cinématographique consommé. Sa mise en images dépeint un univers aussi inquiétant qu’inhumain. Les séquences nocturnes, photographiées avec un style d’éclairage dit « low-key »[4] typique du film noir, sécrètent une angoisse immédiatement perceptible. Quant aux épisodes diurnes, ils n’apportent nul réconfort. Ce sont en effet des paysages désolés et mortifères, ceux du désert mexicain, que la cinéaste fait traverser par ses personnages. S’ajoute à ce travail visuel une direction d’acteurs réussissant à tirer le meilleur de ses interprètes. Parmi ces derniers, on mentionnera la composition pour le moins dérangeante de William Talman dans le rôle du psychopathe.

LE VOYAGE DE LA PEUR s’affirme donc comme une perle noire à (re)découvrir impérativement. Histoire de goûter cette dernière au mieux, on invitera enfin le spectateur à écouter l’intervention érudite de Stéphane Bourgoin incluse dans les suppléments. Celui-ci y apporte de précieuses informations aussi bien sur le cas criminel qui a inspiré le film que sur la genèse artistique de ce dernier.


 

[1] Ida Lupino fut précédée par l’américaine Dorothy Arzner qui réalisa un premier film dès 1927 : FASHIONS FOR WOMEN.

[2] Martin Scorsese, MES PLAISIRS DE CINÉPHILE. TEXTES, ENTRETIENS,FILMOGRAPHIE, Collection Petite Bibliothèque des Cahiers du Cinéma, Editions des Cahiers du Cinéma, Paris,1998, page 104.

[3] Martin Scorsese, op. cit., page 104.

[4] Jean-Loup Bourget, Hollywood, la norme et la marge, collection « Armand Colin Cinéma », éditions Armand Colin, Paris, 2005, page 69.

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