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LE SERPENT ( article de PIERRE CHARREL)
LES ANCRES NOIRES en partenariat avec WILD BUNCH DISTRIBUTION, proposèrent en janvier 2007 aux visiteurs de la rubrique CINEMA un concours à l'occasion de la sortie en salles du film LE SERPENT . Une quinzaine d'entre eux purent ainsi gagner des exemplaires de PLENDER, des lots de photos d'exploitation, des affichettes ainsi que des places gratuites pour aller voir LE SERPENT. LES ANCRES NOIRES accompagnèrent le concours d'un article inédit consacré au SERPENT et que l’on peut toujours consulter ci-dessous. D’après un roman de Ted Lewis… LE SERPENT tire sa matière scénaristique d’un roman écrit par l’auteur anglais Ted Lewis, intitulé PLENDER et paru en 1971. L’existence de ce romancier fut pour le moins brève. Ce natif de Manchester a en effet été emporté par l’alcoolisme en 1982 à l’âge de 42 ans. Si la bibliographie de Ted Lewis ne compte de ce fait que sept volumes, elle est cependant considérée comme essentielle. Nombreux sont en effet les critiques et auteurs de littérature policière qui la tiennent pour l’oeuvre fondatrice du roman noir britannique contemporain. C’est, par exemple, en ces termes que le romancier Robin Cook, autre figure majeure du roman noir d’outre-Manche, saluait en 1990[1] le travail de l’auteur de PLENDER : “Lewis fut un des premiers écrivains anglais dans les années 60 à suivre Chandler au pied de la lettre : “Le roman policier vide la violence de son vase posé sur une étagère pour la déverser dans la rue d’où elle vient.” Une réussite qui s’explique notamment par le rapport étroit que Ted Lewis semblait entretenir avec cette violence extrême qui caractérise son univers littéraire. Robin Cook écrit en effet : “je pense qu’il connaissait de manière intime, peut-être même dangereuse, ces choses dont il parlait. Cela saute aux yeux dans ses romans.” Et il ajoute plus loin, comme en guise d’épitaphe : “Aujourd’hui, je ne peux que rendre hommage à son courage qui lui a permis d’écrire ce qu’il a écrit, pendant aussi longtemps, décrivant les horreurs qui l’entouraient et se référant à ses propres horreurs intérieures”. C’est donc une oeuvre d’une force jusque-là inédite dans le paysage littéraire criminel britannique que Ted Lewis a composée. Et c’est fort logiquement que le cinéma n’a pas tardé à s’intéresser aux potentialités dramatiques offertes par celle-là. C’est ainsi que dès 1971 LE RETOUR DE JACK, “un livre qu’un tas de gens et moi-même considérions à l’époque, et aujourd’hui encore, comme un classique” selon Robin Cook, est porté à l’écran par Mike Hodges. Rebaptisé pour l’occasion GET CARTER (LA LOI DU MILIEU pour ce qui est du titre français), avec Michael Caine dans le rôle de Jack Carter, le récit littéraire de Ted Lewis donne naissance à ce qui est encore considéré comme l’un des tous meilleurs films de gangsters britannique. Les amateurs des soirées cinéma organisées par Les Ancres Noires avaient d’ailleurs pu le constater de visu puisque GET CARTER fut diffusé au Havre par L’EDEN en mai 2005. LE RETOUR DE JACK a été adapté l’année suivante, aux Etats-Unis, sous le titre de HIT MAN (distribué en France sous le titre évocateur de HITMAN LE CREOLE DE HARLEM). Mise en scène par Georges Armitage, le film appartient au genre alors florissant de la blaxploitation[2] et fait donc de Jack Carter un truand afro-américain interprété par Bernie Casey, un des acteurs récurrents du genre. On retrouve à ses côtés Pam Grier, autre star de la blaxploitation à qui Quentin Tarantino a rendu un brillant hommage cinématographique avec JACKIE BROWN. Les lecteurs anglophones pourront consulter les avis contrastés d’internautes sur cette adaptation en se rendant à l’adresse suivante :http://french.imdb.com/title/tt0068704/usercomments LE RETOUR DE JACK a, enfin, fait l’objet d’une troisième adaptation en 2000, réalisée elle aussi aux Etats-Unis par Stephen T. Kay et interprétée, pour ce qui est du rôle de Jack Carter, par Sylvester Stallone. Sorti en France sous le titre de GET CARTER, le film a suscité des réactions critiques pour le moins peu enthousiastes dont on pourra se faire une idée en consultant le lien suivant http://www.allocine.fr/film/revuedepresse_gen_cfilm=26652.html. Si l’oeuvre de Ted Lewis semble donc avoir été plutôt maltraitée par le cinéma durant ces dernières années, LE SERPENT s’annonce cependant comme l’occasion de réconcilier cet univers littéraire avec celui du film policier. Eric Barbier et le cinéma criminelLes propos du cinéaste Eric Barbier, que l’on peut consulter sur le site officiel du film (http://www.leserpent-lefilm.com/ ), témoignent en effet d’une lecture à la fois pénétrante et empathique du roman de Ted Lewis : “L'histoire est celle d'un personnage qui en harcèle un autre, pour se venger d'événements liés à son enfance. C'est un livre qui m'a profondément touché. D'une part parce qu'il parle des blessures liées à l'enfance ; d'autre part parce qu'il fait partie de ces histoires qui fonctionnent sur le plaisir qu'on prend à voir le héros se faire torturer.”. Pareille proximité entre l’imaginaire du metteur en scène et celui du romancier constitue donc un premier gage de réussite à propos du SERPENT. Mais d’autres atouts semblent présider au succès de l’entreprise d’Eric Barbier. On peut en effet, dans la même interview, constater une indéniable connaissance de l’univers du film criminel de la part d’Eric Barbier. Un savoir lui ayant permis, à n’en pas douter, d’aborder la réalisation du SERPENT fort d’une maîtrise certaine des codes de ce genre cinématographique. Le cinéaste déclare ainsi : “Avec PLENDER, on avait une histoire qui s'inscrivait dans les systèmes narratifs de harcèlement, que l'on retrouve dans des films comme LES NERFS A VIF, L’INCONNU DU NORD-EXPRESS, LIAISON FATALE. Quelqu'un qui rentre dans la vie d'un autre et qui va en changer toutes les données.” Le casting du SERPENT constitue enfin un dernier et important atout. La distribution est en effet composée d’acteurs aux parcours éclectiques mais pour lesquels l’univers du cinéma de genre, et plus particulièrement du film criminel, est loin d’être étranger. Ainsi en est-il des deux acteurs principaux du SERPENT. Concernant Yvan Attal, qui campe le personnage de Vincent Mandel, on rappellera ses interprétations d’impitoyable agent du Mossad dans LES PATRIOTES (1994) d’Eric Rochant et celle d’un truand de haut vol dans ANTHONY ZIMMER (2005) de Jérôme Salle. On n’oubliera pas non plus que le comédien a participé récemment à de grands film criminels hollywoodiens comme L’INTERPRETE (2004) de Sydney Pollack et MUNICH (2005) de Steven Spielberg. Quant à Clovis Cornillac, qui prête ses traits à l’effrayant Joseph Plender, c’est lui aussi un comédien accoutumé au genre. On l’a souvent vu camper des malfrats, comme dans HORS-LA-LOI (1985) de Robin Davis, Il Y A MALDONNE (1988) de John Berry ou, plus récemment, dans A LA PETITE SEMAINE (2002) de Sam Karmann. Ce qui ne l’a pas empêché pour d’autres films de passer de l’autre côté de la barrière criminelle. On pensera ainsi aux BRIGADES DU TIGRE (2006) de Jérôme Cornuau ou bien encore à son personnage de CENTRAL NUIT, une série télévisée policière diffusée entre 2001 et 2004 et créée par Olivier Marchal, un des maîtres français contemporains du polar. LE SERPENT s’annonce donc comme un des plus stimulants films criminels français de ce début d’année 2007. L’amateur ne pourra en effet qu’être séduit par une oeuvre adaptée d’un des plus grands noms de la littérature noire contemporaine, mise en scène par un cinéaste fin connaisseur du “polar” et épaulé par un casting rompu aux lois du genre. [1] Toutes les citations de ce paragraphe sont extraites de la préface inédite que Robin Cook a rédigée pour l’édition française de SEVICES actuellement disponible aux éditions Rivages dans la collection de poche Rivages/Noir. [2] “Films destiné à flatter les Noirs, qui en sont les héros. Le film de blaxploitation type se passe dans le ghetto, il comporte pas mal de gros flingues, de coiffures afro, de bagarres, de macs en costumes voyants, avec parfois une héroïne forte comme Pam Grier. Les Blancs, flics sadiques ou businessmen véreux, y ont nécessairement le mauvais rôle. Exemple : la série Shaft avec Richard Roundtree. ...” (www.cinebis.org/article.php3 ) Réponses au concours 1 - Quel est le titre du roman de Ted Lewis dont LE SERPENT est l'adaptation cinématographique ? PLENDER 2 - Quel célèbre film de gangsters britannique a été réalisé en 1971 d'après un autre roman de Ted Lewis ? GET CARTER ou LA LOI DU MILIEU
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