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LADY JANE (2008) de Robert Guédiguian
Un DVD DIAPHANA
Un article de PIERRE CHARREL
Muriel (Ariane Ascaride) a, selon la formule consacrée, tout pour être heureuse. Son existence, objet des premières séquences de LADY JANE, prend la forme d’une réussite tant matérielle qu’affective. Elle est la propriétaire prospère d’une boutique luxueuse, sise au cœur de la très bourgeoise Aix-en-Provence. Elle est en outre la mère d’un adolescent avec qui elle coule des jours heureux dans un appartement aussi élégant que confortable. Et l’absence de mari ou de compagnon ne semble guère peser à l’héroïne de LADY JANE, visiblement heureuse de cette vie de femme indépendante. Film criminel oblige, ces séquences idylliques sont cependant de courte durée. Et le bonheur parfaitement réglé de Muriel est bientôt dramatiquement remis en question. Constatant un matin la disparition de son fils, elle apprend alors que celui-ci a été kidnappé. Et qu’il ne lui sera rendu qu’en échange d’une rançon conséquente de 200 000 euros. Mise en demeure de réunir une somme qu’elle ne possède pas, Muriel fait alors appel à deux vieux amis : François (Jean-Pierre Darroussin) et René (Gérard Meylan). Elle sait pouvoir compter sur eux dans ce type de circonstances. La commerçante respectable cache en effet un passé criminel dans lequel François et René ont joué un rôle actif… On n’en dira cependant pas plus quant au scénario de LADY JANE. L’impact du film sur le spectateur tient en effet à une combinaison de coups de théâtre narratifs, générant un suspense croissant, et de révélations sur le passé des personnages, dessinant un portrait de plus en plus précis de ceux-ci. Et c’est dans ce cadre scénaristique que Robert Guédiguian compose un "polar" à la tonalité volontiers "melvillienne". LADY JANE s’apparente d’abord aux films criminels de Jean-Pierre Melville par sa facture visuelle. Le spectateur retrouve en effet dans LADY JANE la même combinaison esthétique de froideur et d’héroïsme que celle caractérisant LE SAMOURAÏ ou bien encore LE CERCLE ROUGE. Si le film se déroule entre Marseille et Aix-en-Provence, Robert Guédiguian prive le milieu méridional de toute chaleur en campant son intrigue au cœur de l’hiver. Et c’est dans un Midi constamment crépusculaire et battu par les vents qu’évoluent les protagonistes de LADY JANE. Tout comme les héros "melvilliens", ceux-ci font en outre l’objet d’un traitement iconique leur conférant une indéniable grandeur. L’attention portée par le cinéaste aux vêtements des personnages – l’imperméable noir impeccablement sanglé de Muriel ou les costumes de dandy de François – jouant là un rôle essentiel. Esthétiquement "melvillien", LADY JANE l’est aussi d’un point de vue thématique, du moins partiellement. Tout comme Jean-Pierre Melville, Robert Guédiguian use du genre criminel pour affirmer une vision tragique de l’homme. Mais le cinéaste marseillais diffère du réalisateur du DOULOS quant aux racines du tragique. Chez Melville, celui-ci relève d’une absurdité ontologique de la condition humaine à laquelle il est impossible de remédier. L’artiste de gauche qu’est Robert Guédiguian fait, quant à lui, du tragique la conséquence désastreuse de l’échec du politique à améliorer la société. Et notamment de son incapacité à éteindre les pulsions humaines les plus archaïques, parmi lesquelles celles de la vengeance.
C’est donc un film rien moins que noir que Robert Guédiguian livre avec LADY JANE. Et le DVD réalisé par DIAPHANA permet de l’apprécier dans des conditions des plus satisfaisantes. Techniquement réussi, il offre en outre des suppléments – parmi lesquels une interview radiophonique du cinéaste et de son interprète fétiche – proposant des éclairages pertinents sur le film.
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Pierre Charrel |
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