Karin Alvtegen

 

Ténébreuses

 

Editions Plon

 

Un article de Pascale Marchal

 « La lente agonie des grands rampants »… serait un titre plus approprié et plus attractif !
Où il est question de la fin de la planète due à l’ignominie de ses habitants aux cerveaux malades.

Non, Karin Alvtegen n’est pas la Henning Mankell suédoise comme il est écrit en quatrième de couverture : tout d’abord parce qu’il n’y a pas dans ce polar de commissaire, ni d’enquêteur à la Kurt Wallander - le lecteur ne suit pas les sinuosités et autres circonvolutions mentales d’un jeu macabre et analytique orchestré par un auteur à la logique implacable qui chercherait des traces, des preuves d’actes commis irrémédiablement.

Non, on a plutôt affaire à un polar psychologique à la Patricia Highsmith. Pendant les premiers chapitres (c’est un roman policier qui met du temps à s’installer et dans lequel ne sont relatées que peu d’actions), l’auteur situe chacun des personnages qui appartiennent tous de près ou de loin à la dynastie des Ragnerfeldt, soit par filiation, soit par alliance. Interchangeables.  Ils sont tous plus ou moins veules, suants, impuissants et cachent un secret qui leur sera révélé en même temps qu’à nous. Ironie du sort : ils ont tous un lien très fort à l’écriture. Ils savent écrire… On pourrait donc leur faire crédit.  Karin Alvtegen nage en eaux troubles. Cette dynastie a des relents des Atrides - ils sont tous mus par des pulsions insondables  –  comme déterminés par leurs ascendants auxquels ils ressemblent. Ils aspirent à la beauté, à la bonté, à la miséricorde mais en sont incapables.


Par peur,  ils sombrent très vite dans l’alcool. Ils sont la métaphore d’un monde qui va à sa perte sans pouvoir bouger le petit doigt, victimes d’un premier meurtre inavoué comme nous le sommes, nous, du péché originel. Les mêmes gestes, les mêmes attitudes se perpétuent de génération en génération. Il s’agit bien de cela, d’une morale et de tout ce qui tisse la société scandinave bâtie sur une religion dure et moralisatrice qui engendre les actes les pires.

Karin Alvtegen sait ménager un suspens à l’instar des grands du polar – à chaque fin de chapitre elle nous tient en haleine. Le lecteur est tendu vers la suite. On sait que chacun des personnages sombrera mais on ne sait pas comment.

Dommage qu’aucun de ses personnages ne soit attachant car le lecteur sombre dans un récit dont il ne peut se dépêtrer, plongé dans le glauque et le malsain. C’est triste à pleurer, sordide. Il sait ce qu’il faudrait au personnage pour qu’il se redresse mais évidemment ne peut rien pour lui. Son destin est déjà « écrit là-haut», entre fatalité et déterminisme. Karin Alvtegen écrit avec intelligence mais sans aspérités. Son style manque de style justement. Il tombe parfois dans le plat et le lieu
commun et manque de rythme. Cependant, on ne sort pas indemne de son bouquin : on en sort abattu, tiré vers le bas.

 

                                                  

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Pierre Charrel