|
|
|
|
|
|
|
|
|
|||
|
Jeffery DEAVER
Clair de Lune Par Pascale Marchal
Jeffery Deaver place la barre très haut en inscrivant en exergue de son roman policier une citation de Faulkner sur le temps... Deux meurtriers psychopathes réfugiés dans une église abandonnée : le premier est un méticuleux maniaque du temps et de la précision, un érudit : Duncan, l'autre un imbécile qui a toujours faim de bouffe et de viols : Vincent Reynolds... Deux serial killers à ne pas rencontrer dans Manhattan, style le couple de Des souris et des hommes, en plus grave. Le violeur a besoin de « câlins » ! Le mot câlin prend dans sa bouche un sens diabolique. L'équipe qui doit les contrer dans leurs agissements est composée d'un autre tandem hétéroclite : un criminologue « en chambre », fin limier, tétraplégique, du nom de Lincoln Rhyme et Amélia Sachs, belle fille moderne et douée qui s'occupe parallèlement d'une autre affaire, celle de policiers ripoux... Les deux affaires se rejoindront-elles ? S'ajoute à ce groupe une spécialiste de la kinétique, la synergologue : Kathryn Dance, détectrice de stress en tous genres, une profileuse qui excelle en analyse des comportements, des inflexions de voix, des gestes, des regards, des émotions dues à des poussées d'adrénaline lors des interrogatoires... C'est elle d'ailleurs qui sera le personnage principal du prochain opus de Jefferey Deaver : La belle endormie dont on nous livre l'incipit en épilogue. Bien joué le marketing ! Le tueur en série laisse ostensiblement auprès de chaque meurtre une pendule, on en apprend long sur l'Histoire du temps, à Delphes les anciens avaient déjà inventé l'horloge combinée entre le calendrier grégorien et le calendrier lunaire, très précis donc. C'est la lutte entre deux horlogeries bien huilées. Dans laquelle y aura-t-il des grains de sable en premier? Il y a donc la brute épaisse qui viole et le meurtrier plus classe, qui réfléchit, lui, et dont l'intelligence est mise au service du mal. On nous fait souvent grâce du glauque des meurtres par des ellipses bienvenues... ou/et faciles ? Nombreux sont les rebondissements et les fausses pistes, les meurtres sont déceptifs ; aussitôt qu'un est annoncé, on passe à une ellipse temporelle et on doute qu'il ait eu lieu ou non. Cela devient système. Ce livre a toutes les qualités d'une bonne série tv américaine genre Les Experts... L'écriture est plate, sans aspérités ; on commence à s'intéresser à l'intrigue de ce bouquin de 500 pages au bout de la 200ème ! Un polar de faits, qui analyse les avancées de la science en matière de crimes. On n'est pas subjugué(e) par le suspense, on suppose qu'ils y arriveront, on pense que la police est plus fine que les tueurs et possède plus de moyens pour réussir – on s'attend au happy-end... Adviendra-t-il ? La police réussit-t-elle toujours dans ses entreprises ? Qui de Rhyme ou de l'horloger triomphera ? Laquelle des deux intelligences supplantera-t-elle l'autre ? Kathryn ne mourra pas puisque c'est elle qui mènera la prochaine enquête mais que deviennent Amélia et Rhyme ? Comment l'intelligence-service va-t-elle se tisser pour que vive la sécurité new-yorkaise ? Un scénario malin mais un peu attendu au début, qui donne plus qu'il ne promet – bien fait, intelligent, savant mais sans génie.
|
||||
|
|
|
|||
|
|
|
Pierre Charrel |
|
|