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JACK L’ÉVENTREUR d’Hugo Fregonese Un DVD BACH FILMS
Un article de PIERRE CHARREL
Terreur gothique ! JACK L’ÉVENTREUR (1953) d’Hugo Fregonese constitue une passionnante variation cinématographique sur ce mythe majeur de l’histoire criminelle. Les exactions de celui qui constitue l’un des premiers tueurs en série avérés de l’histoire de la criminalité sont tout d’abord restituées de manière saisissante. Pour ce faire, le cinéaste use avec bonheur de l’esthétique gothique. Londres, entièrement reconstituée en décors, est pour l’essentiel représentée de nuit. Les ruelles tortueuses du Londres interlope sont en outre plongées dans un brouillard perpétuel que les becs de gaz, se reflétant maigrement sur les pavés détrempés, échouent à percer. Et c’est donc dans ces décors éminemment anxiogènes qu’évolue l’inquiétante figure du mystérieux professeur Slade. Ce dernier, le principal protagoniste de JACK L’ÉVENTREUR, est en effet campé par le comédien Jack Palance dont l’impressionnante stature et les traits pour le moins singuliers hantent encore l’imaginaire cinéphile… Aux sources du Mal JACK L’ÉVENTREUR ne se contente cependant pas de ménager le lot attendu de frissons. Le film offre, au-delà de son esthétique étouffante, une réflexion stimulante sur les origines de la folie criminelle qu’il expose. JACK L’ÉVENTREUR dépeint en effet la société victorienne comme générant des rapports entre hommes et femmes radicalement inégalitaires. Tant que la femme est encore jeune et désirable, elle constitue un objet dévolu à la seule satisfaction de la libido masculine. Tel est par exemple le cas de l’héroïne du film, Lily Bonner (Constance Smith), une très charmante danseuse de revue. Et Hugo Fregonese, prenant le parti pris d’un érotisme certes discret mais indéniable, montre au travers de séquences tirant vers la comédie musicale l’émoi sensuel que celle-ci provoque chez les hommes assistant à son spectacle. Puis lorsque, l’âge venu, la femme a perdu son pouvoir de séduction, elle n’est plus aux yeux de l’homme victorien qu’une créature un peu stupide cantonnée à la gestion des affaires domestiques. Ainsi en est-il du personnage de la mûre Helen Harley (Frances Bavier), la femme chez qui le professeur Slade prend pension au début du film. Les scènes de comédie grinçantes dépeignant les rapports de Mrs. Harley avec son mari laissent ainsi transparaître le discret mépris intellectuel que lui témoigne celui-ci. C’est donc de ce terreau mêlant sexualité prédatrice et misogynie qu’émerge un personnage comme celui de L’Éventreur. Ce dernier s’affirme dès lors comme le révélateur monstrueux et catastrophique des rapports entre les sexes alors à l’œuvre dans la société victorienne. Et la disparition finale du tueur dans les eaux glauques et stagnantes de la Tamise n’apporte aucun réconfort au spectateur. Il est en effet certain que tant que la condition de la femme ne changera pas, le Mal continuera à rôder et, parfois, à jaillir de manière tout autant paroxystique !
Le DVD BACH FILMS BACH FILMS, qui propose le film dans une copie des plus satisfaisantes, a inclus dans le DVD de passionnants suppléments concoctés par la « dream team » de la collection SERIAL POLAR. Les interventions de Stéphane Bourgoin, François Guérif et Claude Mesplède apportent d’indispensables éclairages aussi bien sur le film que sur le roman dont il s’inspire et, bien entendu, sur les méfaits du véritable JACK L’ÉVENTREUR. Le rappel qu’effectue Stéphane Bourgoin sur la carrière du cinéaste argentin Hugo Fregonese donne notamment hautement envie de visionner d’autres œuvres de cet artiste, parmi lesquelles le très intriguant western QUAND LES TAMBOURS S’ARRÊTERONT. Toutes ces informations dispensées avec passion et pédagogie achèvent de faire de ce DVD un must-have dans toute dévédéthèque criminelle digne de ce nom ! |
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