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        interview de Thierry CRIFO à propos de

 la Ballade de Kouski

( par Anne Dutilloy)    


Sont-ce les remords ou les regrets qui poussent Kouski à rechercher Victor ?
Je pense qu'il est animé de remords et de regrets; mais ses remords sont édulcorés par les circonstances atténuantes qu'il se trouve sans cesse, du genre"d'accord, je ne lui ai pas donné de nouvelles depuis tant d'années, mais lui non plus, et c'était à lui de le faire ou alors je lui ai raccroché au nez, mais je ne suis pas la banque de France !" Quant aux regrets, je pense qu'il fait partie de ceux qui pensent que c'était mieux avant, tout simplement parce qu'il ne se donne pas la possibilité de vivre au présent, alors il y va à fond dans la nostalgie passéiste....



Peut-on, sans tomber dans le religieux, parler d’une quête de rédemption ?
Quant au religieux, à un certain moment, de mémoire, Kouski dit:"je ne vais jamais dans les églises mais j'aimerais..."etc., au cimetière, il entre en silence et en prière même si celle-ci ci est tournée vers l'ego et les échos du rock, et puis, oui, il n'est pas fier de lui, il s'est toujours arrangé pour se préserver et retomber sur ses pattes, mais finalement à l'intérieur, il ne s'aime pas vraiment, alors quand il peut encore sauver les meubles, donc partir de la seconde à l'autre à la recherche de Victor, il le fait...

Connais-tu l’avenir de Kouski ?
Kouski n'a pas d'avenir, il rebougera de temps en temps, il sortira de temps en temps, à l'appel de l'amitié et de l'amour, mais il retournera dans son bar, au fond de son trou. à se lamenter sur le temps passé et perdu.

Écris-tu en écoutant tes vieux 33 ?
Maintenant, je ne peux qu'écrire en silence, mais la musique de la phrase est importante et encore une fois des que je peux j'y vais de mes petites références, musique, films, anagrammes d'acteurs, etc....
La musique qui accompagne cette recherche est d’un autre temps. Le temps de la jeunesse et de l’amitié, ce qui donne une atmosphère très nostalgique à ce texte noir. L’écriture poétique accentue cette impression.
La musique de ces années là, est très importante pour moi, c'est celle de mes années 60, de ma préadolescence où avec un frère et une soeur un peu plus agés que moi j'ai découvert la naissance de tous ces groupes, connus ou pas, comme avec les films des années 50, la mémoire de ces temps reculés, où je me suis construit( pas bien du tout, donc déconstruit) est importante pour moi et dès que je peux, je fais un clin d'oeil. Pour Kouski et Victor ados en 65, la référence aux Kinks et aux Stones était incontournable....

Le titre s’est-il imposé après l’écriture ou est-ce le titre qui t’a inspiré ?
le titre original(?) était En cherchant Victor.

Écris-tu pour te faire plaisir ou pour moins souffrir?
L'écriture, tout au moins le début d'un texte ou d'une histoire, n'est pas vraiment un plaisir, il y a l'envie d'aller dans une direction, dans une émotion, mais après pour aller au bout, c'est très long et difficile, au début il y a des coups de gueule ou des coups de coeur. Il y a un désir de mettre sur papier des choses qui me tiennent à coeur, mettre sur papier mon mal de vivre à la manière du poète qui couche son spleen, puis on cache ce spleen, on le met à l'intérieur d'autres personnages, mais les amis et les lecteurs ne sont pas dupes, il s'agit toujours de la même histoire, de la solitude, du manque d'amour, de la soif d'être et de reconnaissance etc. etc...

Dans ce livre et dans d’autres, la famille est faillible, l’amitié est une valeur plus sûre. Est-ce que je me trompe ?
La famille c'est le paradis rêvé et perdu, c'est l'eldorado en trompe l'oeil, c'est un mirage qui laisse des traces, c'est le premier refuge mais on s'aperçoit que le toit prend la pluie et que le plancher s'effondre, il en reste le souvenir glorifié, les liens du sang.....oui quant à l'amitié, c'est le rêve idéal, c'est la compréhension de l'autre sans le juger, c'est se comprendre, muets et les yeux fermés.....

Solidarité et humanité sont deux valeurs importantes dans tes écrits. Qu’en penses-tu?
Je ne sais pas si c'est voulu, tout ce que je sais c'est que j'aime mettre des coups de projecteur sur des solitudes, sur des petits canards boiteux, sur des gens qui sont hors cadre et qui méritent quoiqu'ils aient fait ou quoiqu'ils pensent, d'être des êtres humains, voilà, j'ai en utopie la grande ronde humaniste et fraternelle, si tous les gars du monde.....

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