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LA FUREUR DANS LE SANG SAISON NUMÉRO 1
( article de PIERRE CHARREL )
LA FUREUR DANS LE SANG est l'adaptation télévisée des enquêtes des deux personnages les plus célèbres imaginés par la romancière écossaise Val McDermid : Tony Hill et Carol Jordan. Créée en 2001 par la chaîne britannique ITV, la série est toujours en production. Elle compte désormais cinq saisons et une sixième est annoncée. La diffusion de la quatrième saison sur Canal + en juin 2007 a quant à elle suscité d’élogieuses critiques, y compris dans la presse télévisuelle la plus exigeante… Pour TELERAMA, LA FUREUR DANS LE SANG constitue une « série anglaise noire et sophistiquée ». Et LES INROCKUPTIBLES saluent un travail de « mise en scène sèche, presque raide » suffisamment « habité pour emporter l’adhésion ». LA FUREUR DANS LE SANG fait désormais partie du panthéon des grandes séries britanniques. Un retour sur la première saison s’imposait donc. L’article ci-dessous y est consacré. Et on ne manquera pas de consulter la rubrique CRIMES SUR DVD pour trouver les références de l’excellente édition française réalisée par KOBA FILMS VIDEO. Pari gagné pour les auteurs de La Fureur dans le Sang, l’adaptation télévisuelle des enquêtes de Tony Hill et de Carol Jordan ! Et ce de façon indiscutable. La romancière Val McDermid elle-même a manifesté à maintes reprises son enthousiasme à propos de la série tirée de ses romans[1]. On en trouvera notamment la preuve avec l’intervention de l’écrivain dans le documentaire inclus dans les bonus du DVD édité par KOBA FILMS VIDEO. La transposition sur le petit écran de l’univers de l’auteur ne s’annonçait pourtant pas des plus aisées. Les quatre romans[2] consacrés par Val McDermid au duo formé par Tony Hill, profileur de génie, et Carol Jordan, officier de police intrépide, développent en effet une conception complexe du roman criminel. La série télévisée se devait d’abord de satisfaire les amateurs de thriller pur et dur. Ceux-ci étant habitués à trouver dans les ouvrages de Val McDermid matière à étancher leur soif de sensations fortes. Les traques des tueurs en série menées par le duo Tony Hill/Carol Jordan prennent en effet la forme de récits haletants, enchaînant les rebondissements selon une mécanique implacable. Chacun de ces quatre romans de Val McDermid se caractérise en outre par la récurrence de scènes-choc. La romancière décrit en effet les exactions qui y sont commises avec un luxe de détails emmenant le lecteur aux confins de la cruauté… La mise en images de La Fureur dans le Sang ne décevra donc pas ceux pour lesquels les enquêtes de Tony Hill et Carol Jordan sont avant tout synonymes de frissons... Format télévisuel oblige, il était difficilement pensable de retranscrire de façon intégrale les crimes originellement décrits par Val McDermid. Mais les réalisateurs de la première saison de La Fureur dans le Sang ont usé de façon habile de l’implicite et de la suggestion. Et chaque épisode offre son lot de visions fugitives mais saisissantes : cadavres mutilés, outils de torture utilisés par les psychopathes… Aussi brefs soient-ils, ces plans suffisent à mettre en branle l’imaginaire du spectateur. Et la version télévisuelle de La Fureur dans le Sang suscite ainsi une sensation de malaise comparable à celle dégagée par les romans. Cette première saison se signale en outre par un montage dont l’efficacité est soulignée par le comédien Robson Green[3], l’interprète de Tony Hill, dans les suppléments du DVD édité par KOBA FILMS VIDEO. Et l’on conviendra avec le comédien que le rythme narratif ainsi créé sollicite les nerfs du spectateur avec la même intensité que les romans de Val McDermid. Mais la série télévisée ne pouvait pas se contenter de rendre justice aux seuls talents de conteuse de Val McDermid. A l'instar des autres praticiens majeurs de la littérature policière mondiale, la romancière conçoit en effet le genre comme un moyen de mettre en évidence quelques-uns des bouleversements essentiels qui affectent la société dans laquelle évoluent ses personnages. Et les enquêtes de Tony Hill et Carol Jordan doivent aussi être envisagées comme une manifestation de la remise en cause des stéréotypes sexuels initiée depuis les années 1970 tant par les mouvements féministes que par les activistes homosexuels. Le duo Tony Hill/Carol Jordan imaginé par Val McDermid est en effet des plus atypiques. La romancière y ayant opéré un renversement radical dans la répartition sexuée des tâches telle que nos sociétés l’envisagent traditionnellement … Or la série télévisée n’a pas manqué de reprendre à son compte cette stimulante remise en cause des genres. C’est ainsi que le personnage de Carol Jordan, suivant en cela le portrait qui en est fait dans les romans, se voit doté des caractéristiques traditionnellement attribuées aux héros masculins de la fiction policière. L'homme d'action est ici une femme... La comédienne Hermione Norris[4], interprétant Carol Jordan, rappelle en effet que son personnage est celui d’une « femme ambitieuse » ayant réussi à imposer le « respect » dans « un monde d'hommes », en l’occurrence celui de la police. Et au sein du duo que la policière forme avec le profileur, c’est elle qui, arme au poing, enfonce les portes et encadre d’une main de fer une équipe de policiers quasiment exclusivement formée d’hommes. La vie amoureuse qui est prêtée à Carol Jordan dans La Fureur dans le Sang répond aussi à cette volonté de casser les clichés. C’est ainsi que les épisodes 5 et 6 de la première saison nous montrent le personnage imposant sa volonté amoureuse à un amant qu’elle convoque et qu’elle renvoie selon son bon vouloir et qu’elle finira par éconduire aussi brusquement que définitivement. Tony Hill, tel qu’il est présenté dans la saison inaugurale de La Fureur dans le Sang, participe lui aussi de cette remise en cause des stéréotypes. Elle ne s’exprime cependant pas de manière aussi radicale que dans les romans de Val McDermid. Cette dernière n’a en effet pas hésité à faire de son héros un homme souffrant d’impuissance sexuelle. Et la romancière a ainsi brusquement rompu avec les clichés d’une littérature criminelle dans laquelle les héros masculins se doivent d’afficher une vie sexuelle active… Sans doute était-il problématique de prêter pareil trouble à un personnage campé par une star aussi populaire en Grande-Bretagne que Robson Green. Les adaptateurs ont cependant réussi à contourner le problème en dévirilisant le personnage de Tony Hill de façon peut-être moins ostensible mais finalement tout autant efficace. Les concepteurs de La Fureur dans le Sang ont pour cela exploité les dons de fantaisiste du comédien Robson Green à qui ils ont ménagé, tout au long de la saison, quelques scènes teintées de comique absurde. On pense notamment à la séquence de la rencontre entre Tony et Carol dans le tout premier épisode de la série. Pareille utilisation de l’humour permet de souligner la singularité d’un personnage qui, loin d’être une implacable machine à traquer les tueurs en série, se présente plutôt comme une sorte de professeur Tournesol au pays des psychopathes. Ainsi érigé en figure lunaire, vivant sur « sa propre planète » comme le déclare Robson Green dans les suppléments du DVD, Tony Hill apparaît comme en rupture totale avec un modèle masculin fait d’assurance et de brutalité et particulièrement vivace dans les milieux policiers où il doit évoluer. Et la version télévisuelle du personnage imaginé par Val McDermid réussit ainsi à participer de ce « trouble dans le genre » qui sous-tend l’œuvre de la romancière. La première saison de La Fureur dans le Sang marque donc la naissance d’une série policière hautement stimulante, qui plus est pleinement à la hauteur de l’univers romanesque dont elle s’inspire. [1] Le lecteur anglophone pourra lire les propos élogieux de Val McDermid à propos de la série La Fureur dans le Sang (The Wire in the Blood en version originale) sur le site officiel de la romancière : http://www.valmcdermid.com/pages/tvseries.html. [2] Le Chant des Sirènes (1995) ; La Fureur dans le Sang (1997) ; La Dernière Tentation (2002) ; La Souffrance des Autres (2004). Les deux premiers sont disponibles chez J’ai lu. Le troisième au Livre de Poche. Quant au quatrième, il a été traduit en français en 2007 et est édité par Le Masque. [3] On pourra en savoir plus sur Robson Green, véritable star de l’autre côté de la Manche mais quasi-inconnu en France, en visitant son site officiel (en anglais) à l’adresse suivante : http://www.robsongreen.com/ [4] Ses propos sont extraits du documentaire inclus dans les suppléments de l’édition DVD de La Fureur dans le Sang réalisée par KOBA FILMS VIDEO.
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