POLAR NORDIQUE : LE FILM CRIMINEL SUEDOIS

( article de PIERRE CHARREL)    


 

     Les Ancres Noires étaient présentes à la 18ème édition du  FESTIVAL DU FILM NORDIQUE  qui se tint à Rouen en mars 2005 Les Ancres Noires s’associèrent, à cette occasion, à une soirée consacrée au film policier suédois durant laquelle furent projetées deux œuvres emblématiques du genre : UN FLIC SUR LE TOIT de Bo Widerberg et LES CHASSEURS de Kjell Sundvall.  Les Ancres Noires ont proposé aux spectateurs du FESTIVAL DU FILM NORDIQUE , désireux d’approfondir cette découverte du cinéma criminel suédois deux textes inédits, l’un publié dans le catalogue du FESTIVAL DU FILM NORDIQUE , l’autre dans le numéro 7 du quotidien du FESTIVAL DU FILM NORDIQUE , et disponibles ci-dessous. Quant au cinéphile désireux de (re)découvrir à domicile ces deux films, il ne manquera pas de consulter la rubrique CRIMES SUR DVD pour y trouver toutes les références dévédégraphiques nécessaires sous le titre LE FILM CRIMINEL SUEDOIS : LES DVD


Le film criminel suédois, terra incognita cinématographique.

   La projection de UN FLIC SUR LE TOIT et des CHASSEURS, organisée en partenariat avec l’association « Les Ancres Noires », a constitué une occasion exceptionnelle, pour le public français, de pouvoir mesurer de façon significative ce que représente actuellement le genre du film criminel en Suède. Ce dernier demeure, en effet, encore largement méconnu par les spectateurs hexagonaux. Méconnaissance qui s’explique, tout d’abord, par la faiblesse du nombre d’oeuvres mises à la disposition du public français.
   Ainsi, en ce qui concerne les cinq dernières années, seul un long métrage semble avoir attiré l’attention des distributeurs français. Il s’agit de SLEEPWALKER. Réalisé en 2000 par Johannes Runeborg, ce film a fait l’objet d’une sortie nationale à l’été 2001.
À la faible diffusion des films criminels suédois en France s’ajoute un second problème. Une oeuvre telle que SLEEPWALKER ne reflète en effet que peu les caractéristiques communes observables dans la majorité des films criminels suédois. Caractéristiques communes qui constituent la spécificité même du film criminel suédois.

Le flic, héros majeur du film criminel suédois.
   SLEEPWALKER, en faisant d’un meurtrier potentiel le protagoniste principal du long métrage, se détache en effet nettement de la majeure partie des films criminels suédois. Les héros récurrents du film criminel suédois ne sont donc que rarement des truands ou des tueurs mais, le plus souvent, des flics. Et on peinera à trouver des équivalents locaux à M LE MAUDIT ou bien à la saga du PARRAIN. Des sous-genres du film criminel tels que le film d’assassin ou le film de gangsters ne sont que peu pratiqués par les cinéastes suédois.
Les deux longs métrages présentés dans le cadre de la soirée « Polar suédois » ont témoigné de cette prégnance du policier en tant que héros archétypal du film criminel à la suédoise. L’HOMME SUR LE TOIT , tiré du roman éponyme écrit par Maj Sjöwahl et Per Wahlöö, centre son point de vue sur celui de l’inspecteur Beck. LES CHASSEURS illustre tout autant cette tendance de fond du film criminel suédois, puisque son protagoniste principal est de nouveau un personnage d’enquêteur campé par Rolf Lassgard.

  Quelque chose de pourri au Royaume de Suède …
Un film tel que SLEEPWALKER ne rend pas compte d’une autre caractéristique récurrente du film criminel suédois, à savoir une dimension politique et sociale forte. En s’inscrivant dans un autre sous-genre du film criminel (celui du psycho-killer, mêlant aux codes du film policier ceux du film d’épouvante, voire d’horreur ), SLEEPWALKER cherche avant tout à provoquer chez le spectateur le lot attendu de sensations fortes et ne se préoccupe guère de dresser un constat sur la société suédoise du moment.
   À l’instar de la majeure partie des films criminels suédois, UN FLIC SUR LE TOIT et LES CHASSEURS mêlent, pour leur part, intrigue policière et réalisme social. Et ces deux longs métrages sont non seulement l’occasion de résoudre une énigme criminelle, mais aussi de mettre à jour des failles ou des dysfonctionnements de la société et de l’Etat suédois. Dans UN FLIC SUR LE TOIT, Bo Widerberg use de l’intrigue policière pour dresser un constat sans concession sur le divorce violent existant entre une partie du corps social suédois et l’Etat, au cœur des années 1970. La dérive criminelle des CHASSEURS permet à Kjell Sundvall, de mettre en lumière quelques uns des versants obscurs (racisme et misogynie entre autres) de la société suédoise contemporaine.
La soirée du 16 mars a donc été l’occasion de vérifier, par l’exemple, quelques unes des caractéristiques essentielles du film criminel suédois et a offert, enfin, la possibilité de mieux mesurer la forte identité de cette branche de la cinématographie suédoise.

 A propos de "Un Flic sur le toit" de Bo Widerberg  (Texte rédigé à l'occasion de la projection de UN FLIC SUR LE TOIT de Bo Widerberg , le 16 mars 2005, organisée en partenariat avec le FESTIVAL DU FILM NORDIQUE et publié dans numéro 7 du journal quotidien du Festival)
       Le film policier suédois reste encore peu connu en France. UN FLIC SUR LE TOIT constitue une excellente initiation au genre. Ce long-métrage peut être, en effet, considéré comme une parfaite synthèse des codes qui fondent l’identité spécifique de ce pan ignoré de la cinématographie suédoise.
    UN FLIC SUR LE TOIT se signale d’abord par un saisissant mélange de sobriété et de réalisme. Les partis-pris de réalisation et le jeu des acteurs sont marqués par un refus permanent du spectaculaire et permettent de rendre le film le plus crédible possible. Bo Widerberg affirme ainsi un style et une esthétique que l’on retrouvera dans nombre d’autres films policiers suédois.
  L’autre caractéristique essentielle du genre, mise en évidence par ce film, est sa dimension politique. Le tueur, que poursuit Beck, est l’incarnation extrémiste de la contestation de gauche contre les institutions suédoises au début des années 1970. Bo Widerberg prend, d’ailleurs, bien soin de faire apparaître dans une scène clef du film un groupe de jeunes manifestants, emblématiques de l’esprit de révolte de l’immédiat après 68. Depuis, nombre de films criminels suédois ont développé cette même idée. A savoir que le crime puise ses racines dans les dysfonctionnements du corps social, et non dans le seul esprit moralement ou psychologiquement vicié d’un individu.
  En attendant la rétrospective du Festival 2006, voici déjà une belle occasion de s’initier au polar à la suédoise !

                                                                                                               RETOUR