DEMENTIA

Un film de John Parker

Un DVD BACH FILMS

 

Un article de PIERRE CHARREL

 

Un film unique…

DEMENTIA est le seul film que réalisa en 1953 un certain John Parker. Stéphane Bourgoin, plus érudit que jamais en matière de cinéma bis (et pour le coup, plutôt ter), nous apprend dans les suppléments du DVD proposé par BACH FILMS que le dit John Parker était un fils d’exploitant de salles de cinéma du Minnesota. Il trouva son inspiration dans un cauchemar que fit sa secrétaire particulière - et même très particulière si l’on en juge les images qui la traversèrent nuitamment - Adrienne Barrett. Rappeler le nom de cette dernière n’aurait sans doute guère d’intérêt, me direz-vous, si l’on n’ajoutait que celle-ci joue aussi le rôle principal de DEMENTIA ! Mais nous nous égarons…

Le film retrace donc, en moins d’une heure, la nuit pour le moins agitée d’une jeune femme dont le nom nous restera à jamais inconnu puisque DEMENTIA est totalement dépourvu de dialogues… Les personnages ne sont pas pour autant absolument muets puisqu’Adrienne Barrett nous gratifie de temps à autre d’un éclat de rire balayant un spectre de l’hilarité allant du sardonique à l’hystérique. Mais reprenons…  DEMENTIA nous donne donc à voir tantôt l’errance urbano-nocturne de l’héroïne, tantôt ses actes aussi criminels que sanglants, tout en nous faisant plonger par moments dans sa psyché tourmentée (d’où errances et actes criminels) lors de séquences oniriques.

Ce voyage au bout de la nuit, réelle ou fantasmée, amènera le personnage jouée par Adrienne Barrett à croiser une série de personnages où l’hétéroclite le dispute en permanence à l’incongru. Elle aura ainsi à faire à un nain vendeur de journaux, campé par Angelo Rossitto rendu à jamais célèbre par sa participation à FREAKS de Tod Browning. L’héroïne croisera aussi la route d’un obsédé sexuel obèse et richissime, entretenant une étrange ressemblance avec Orson Welles, même s’il est interprété par un comédien répondant à l’incroyable nom de Bruno VeSota (sic). Adrienne Barrett, qui décidément faisait de bien drôles de rêves, sera enfin poursuivie par un policier ayant le même visage que son papa à qui elle flanqua, dans son jeune temps, un grand coup de poignard ! Rien de surprenant à cela puisque ces deux personnages sont joués par le même comédien, le très oublié Ben Roseman qui joua en tout et pour tout dans trois films.

… ou presque !

Définitivement frappé du sceau du bizarre, l’unique film de John Parker réalise enfin le singulier exploit de s’être dédoublé. Il n’existe en effet pas un mais deux DEMENTIA !!! Le film de John Parker fut un four abyssal. Sa sortie dans une seule salle new-yorkaise ne lui valut que deux courtes semaines d’exploitation. On ne peut plus déprimé par cet échec, John Parker abandonna à jamais la mise en scène ainsi que son film. Ce dernier fut récupéré par Jack H. Harris, qui produisit notamment LE BLOB (la version initiale de 1958 et son remake de 1988) et LES YEUX DE LAURA MARS. Le producteur, ne se préoccupant guère des partis-pris artistiques initiaux, effectua un remontage de DEMENTIA, rebaptisé pour l’occasion THE DAUGHTER OF HORROR, coupa les plans les plus licencieux et les plus gore et l’accompagna d’une voix-off explicitant, pour les plus égarés des spectateurs, les méfaits et geste d’Adrienne Barret. La dite voix-off était en outre celle d’Ed McMahon, impérialement inconnu par chez nous, mais authentique star de la télévision américaine d’alors !  Imaginez un instant que Jean-Pierre Foucault se mette à débiter d’une voix, débarrassée pour l’occasion de sa proverbiale bonhomie méridionale, le texte par lequel s’ouvre la nouvelle version de DEMENTIA : " Come with me into the tormented, haunted, half-lit night of the insane. This is my world. Let me lead you into it. Let me take you into the mind of a woman who is mad. You may not recognize some things in this world, and the faces will look strange to you. For this is a place where there is no love, no hope... in the pulsing, throbbing world of the insane mind, where only nightmares are real, nightmares of the Daughter of Horror! "

BACH FILMS, qui a décidément bien fait les choses, nous offre en bonus cet extraordinaire détournement d’un long métrage que John Waters, presqu’aussi grand spécialiste en bizarreries cinématographiques que Stéphane Bourgoin, classe parmi « les films les plus insensés de l’histoire du cinéma » !!! DEMENTIA, toujours selon le même John Waters, n’est rien moins qu’ « hallucinant et hallucinogène ! ».

Amateurs avoués ou honteux d’OFNI, ou objets filmiques non identifiés, vous l’aurez compris : DEMENTIA est pour vous ! BACH FILMS vous offre là une pièce majeure qui viendra heureusement compléter votre collection de films de John Waters (période FLAMINGO), Russ Meyer et autres Ed Wood. Que l’éditeur et sa collection SERIAL POLAR en soient remerciés…  

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