Camilla Läckberg 

 

La princesse des glaces

Editions Actes Sud - collection Actes Noirs

 

Un article de Pascale Marchal

Un début prometteur que ce cadavre d'une belle femme dans une baignoire
gelée ! Bonne idée que cet assassin qui s'exprime en italiques au début de chaque chapitre. Camilla Läckberg brosse des personnages attachants dans leur détresse, tous ses personnages secondaires ont aussi une certaine épaisseur. On a une panoplie complète de toutes les personnalités de femmes possibles et imaginables : la femme enfant, la femme battue, la femme de pouvoir, la femme fatale, l'emmerdeuse, la femme forte, la mère abusive, la fausse amie, la femme sacrifiée... bref la femme-cliché ! Erika détective – écrivain poursuit une thèse sur les femmes écrivains! Il s’agit de Selma Lagerlof, à mon humble avis : Camilla Läckberg lui emboîte le pas !

L'histoire qu'elle raconte a quelques rebondissements mais le tout est un peu laborieux, un peu explicatif, mièvre. Et comme par hasard le policier et l'écrivaine se connaissent et comme par hasard l'écrivaine connaissait la morte et comme par hasard... ainsi de suite – tout avance de façon inéluctable tranquillement un peu trop tranquillement. Peu d'étonnement et pour un polar peu de violence. Un peu cousu de fil blanc.

Un vrai polar en chambre (il y a des cadavres plein les placards). Sa Princesse des glaces est un polar pourtant bien tourné, bien inventé, bien structuré. Cette écrivaine a un don pour raconter, elle sait mener une intrigue mais il lui manque un style, son écriture manque
de suspens (pas l'histoire). Les phrases s'enchaînent avec lenteur et manquent de rythme. Il arrive même qu'elle perde son temps avec des insignifiances, des éléments inutiles, des évidences. Son style est sans aspérités, un peu plat, un peu morne. Un style qui manque d'ellipses,
tout est raconté par le menu, bientôt on apprendrait la couleur des chaussettes des protagonistes!

Camilla Läckberg ne fait-elle pas confiance à son lecteur ? Il manque aussi un langage à chacun des personnages – son propre langage, des idiolectes. La traduction peut être aussi incriminée : les « qui c'est qui », les « qui qu'il soit » la répétition du « menton qui tombe »lorsque le personnage est surpris ou dubitatif ou choqué... empêche une lecture
sereine – on se prend à maugréer ou à sourire dans le meilleur des cas, mais pas toujours au bon moment de la fiction ; le processus imaginaire en prend un coup ! La question de la page 330 nous laisse pantois : « ...et pour la première fois il se demandait si le bon dans l'homme était réellement
supérieur au mal. » Question fondamentale...  L'auteure dénonce les violences faites aux femmes, elle dénonce le mal que peut faire la peur du « qu'en dira-ton ? » et les conséquences désastreuses qu'il peut y avoir à vouloir sauver les apparences dans une petite ville où radio-trottoir fonctionne bien.

Un polar pour jeunes filles de bonne famille.

 

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Pierre Charrel