rencontre avec
Brigitte AUBERT,
auteure de thrillers …
( par Christian, Roselyne, Maïté et Brigitte)
Avec la complicité des Ancres Noires et dans le cadre des animations « Les lecteurs ont la parole », la bibliothèque Condorcet de Montivilliers a reçu, le jeudi 14 septembre :

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Brigitte AUBERT |
Elle s’est prêtée avec beaucoup de gentillesse au jeu des questions/réponses des lecteurs de Montivilliers, de quatre représentants des Ancres Noires et, outre celles qui nous reçoivent, de quelques bibliothécaires du Havre et de la région avec lesquelles nous avons le plaisir de travailler.
Quelques réflexions notées lors du débat :
1 // Brigitte Aubert et le travail d’écriture…
· Ecrire est sa première passion ! Celle qui reste la plus forte ! Auteur de romans policiers, elle n’en vit pas et exerce un autre métier dans l’administration de cinémas.
· Pour elle, le plus difficile n’est pas «de trouver l’idée » mais d’écrire quotidiennement et d’être satisfaite de ce qu’elle produit, directement à l’ordinateur, sans plan écrit au préalable. L’histoire et le suspens s’imposent au fur et à mesure. Elle compose en suivant son inspiration. De très nombreuses relectures lui permettent de corriger les erreurs et incohérences qui pourraient déconcerter le lecteur.
· Brigitte Aubert explique : « La première page, le premier paragraphe, la première phrase … c’est ce qui est primordial pour le lecteur, pour qu’il entre dans l’histoire ! De même, pour le travail de l’auteur, c’est la première phrase qui va donner l’impulsion et le ton du livre. »
· Brigitte Aubert apprécie la remarque d’une lectrice : « Dans les dialogues, grâce à l’alternance du style direct et indirect, où l’auteur indique les pensées des interlocuteurs, le lecteur est pris au piège et ne peut plus abandonner sa lecture »
En effet, dans ses livres, comme dans la vie, les personnages « pensent » avant de répondre. Ce qui les rend très vivants. Mais qui, aussi, rend l’adaptation cinématographique difficile !
· Le choix du milieu social où se déroulent les livres est imposé par l’histoire, c’est pourquoi ces milieux sont toujours différents !
· Pour écrire sur des sujets techniques, comme la thanatopraxie dans « Funérarium » Brigitte Aubert prend ses renseignements sur Internet, car il faut être précis, pour ne pas gêner un éventuel spécialiste par de graves erreurs.
· Les idées s’enchaînent, arrivent en permanence, certaines sont rejetées, d’autres mises de côté. Elle lit beaucoup les faits divers. Elle écrit environ un livre par an. Brigitte Aubert rédige un roman tout en travaillant sur le suivant … Le prochain en est déjà aux 2/3 !
· Après le succès des « quatre fils du docteur March », l’éditeur lui propose de « réécrire » avec un aide son 2ème livre : elle refuse ! Ce manuscrit dort dans un tiroir … Brigitte Aubert est capable d’écrire avec un co-auteur si c’est décidé au préalable. C’est le cas pour les livres pour ados : Gisèle Cavali fait l’ossature et Brigitte Aubert écrit les dialogues.
· Le titre et la 4ème de couverture lui semblent très importants pour le succès d’un livre. (Les lecteurs présents approuvent)
· Brigitte Aubert ne se soucie pas du nombre de pages, elle écrit jusqu’à ce qu’elle estime le livre « achevé ». son rêve : signer un ouvrage de 1000 pages !
· Elle aimerait écrire pour le théâtre, écrire des chansons, elle a « commis » une comédie musicale dans sa jeunesse... à suivre ?
· Brigitte Aubert juge « les critiques » plus ou moins agréables et constructives. Si elle est « épidermique » (le critique n’a pas aimé, tant pis !) ce n’est pas grave. Ce qui est plus douloureux à accepter c’est le doigt sur le défaut, le point faible bien noté …
2 // Brigitte Aubert auteure de nouvelles…
Elle a un grand goût pour les nouvelles. Un recueil de celles parues dans divers journaux est sorti l’an dernier « Nuits noires » (Fayard). …Pour elle une nouvelle est courte, dense, surprenante dans sa chute. (cf. les petits films « Hitchcock présente ») Il y a bien sûr des « nouvelles longues » de 70 pages comme celles parues dans « Le Monde »
Brigitte Aubert a écrit des «pièces radiophoniques », « nouvelles dramatiques » de 45 mn, où il n’y a que des dialogues, les personnages ne sont pas vus, il y a des effets sonores. Ce qui permet aux auditeurs de mieux saisir l’atmosphère de la nouvelle dramatique ou policière. (Petit rappel nostalgique de plusieurs lecteurs présents au débat des « Maîtres du Mystère » que l’on écoutait naguère à la radio !)
Elle a été jury dans un concours de nouvelles et note la difficulté du choix, le sentiment d’injustice à l’égard de ceux qui ne sont pas retenus !
3 // Brigitte Aubert auteure pour la jeunesse…
Elle estime que le travail pour les livres jeunesse est un exercice très contraignant, avec moins de liberté : il y a des codes à respecter (pas de fusil dans les mains d’un enfant, pas de flics ripoux, attention au vocabulaire etc.) « Les écrits restent. »
Elle nous précise que « Ranko Tango » était d’abord un court métrage de Gisèle Cavali, réécrit avec elle après la sortie du film.
· A paraître « Seules dans la nuit » (Rageot)
4 // les goûts de Brigitte Aubert en matière de lectures :
Brigitte Aubert est une lectrice comblée quand un roman la surprend. Elle aime essentiellement des Américains, que ce soit en matière de romans (Douglas Kennedy, Philippe Roth …) de polars (surtout des écrivaines : Elisabeth George, Ruth Rendell …) mais ce qu’elle préfère c’est le fantastique et la terreur, (que l’on retrouve dans « Ténèbres sur Jacksonville»). Son chouchou : Stephen King, dont on sent l’influence dans « le couturier de la mort ». Elle apprécie beaucoup la « période américaine » de André Japp, les livres de Virginie Brac. Le dernier livre lu : « le tropique de la nuit » de Michael Gruber (sorcellerie à Miami …). Elle a aimé lire le « Da Vinci Code » car elle y a pris autant de plaisir qu’à lire les « Club des Cinq » de son enfance !
5 // Le lectorat de Brigitte Aubert :
Elle le connaît surtout à l’occasion des salons littéraires et des signatures chez les libraires. 70% des personnes rencontrées dans les salons sont des femmes. Mais elles n’achètent pas forcément pour elles, cela peut être pour leur mari !
Brigitte Aubert estime qu’un livre qui ne vit pas en bibliothèque est un livre mort, même s’il s’est bien vendu au début. Elle pense que, plus les gens lisent et plus ils achètent de livres (surtout pour les polars). Elle souligne l’importance des bibliothèques de prêt : « ce qui est primordial c’est qu’un livre soit lu, circule », ce qui existe naturellement grâce au maillage des bibliothèques qui permettent la découverte par le biais des conseils des bibliothécaires et du bouche à oreille entre lecteurs.
Elle n’est pas contre les livres sur le Net … si les lecteurs payent un droit ! Elle trouve intéressant que les jeunes redécouvrent la lecture grâce à internet.
Plusieurs de ses livres ont été lus et enregistrés pour les non voyants … et les voyageurs !
6 // Les livres de Brigitte Aubert dont nous avons le plus parlé …
Elle a écrit environ 15 livres pour adultes et une dizaine pour la jeunesse.
Son premier livre édité en 1992 : « les 4 fils du docteur March » (dont le titre est bien sûr un clin d’œil !) fut publié avec difficulté.
Le livre préféré des lecteurs reste « La mort des bois » (1996- grand prix de littérature policière). Les lecteurs se sentent en empathie avec Elise, l’héroïne totalement coupée du monde par ses handicaps. D’où vient le personnage d’Elise ? Mystère ! C’était un challenge à propos de la communication : comment rendre son désarroi, son enfermement ? C’est souvent un dialogue avec elle-même, un dialogue imaginaire avec les autres. Grande difficulté à rendre ce qu’elle imagine… ce qui explique sans doute que les différentes tentatives d’adaptation cinématographiques aient avorté !
La suite « la mort des neiges » est ressentie par certains lecteurs comme un faux livre, un scénario, une fausse histoire, une machination
Dans un autre livre très apprécié des lecteurs : « Funérarium » (2003) Brigitte Aubert a voulu une fin grandiose car l’histoire lui semblait importante.
Ses livres sont traduits dans une vingtaine de langues, « La mort des bois » est sorti aux Etats-Unis.
Un seul de ses livres a été adapté : « Transfixions »- 1998 par Francis Girod sous le titre « Mauvais Genre ». B A n’a pas participé à l’adaptation, il lui semblait difficile de « trancher » dans ses dialogues, de couper des évènements etc. …
Actualité immédiate :
· dernier roman paru : « Le chant des sables »
· sortie en octobre 2006 de « Une âme de trop ». Polar thriller à huis clos avec 2 personnages et 1 téléphone … à suivre de près …
Brigitte Aubert a écrit des dialogues de films, mais ce n’est pas une passion : sa seule passion, c’est l’écriture … mais pas de dialogues … l’écriture de romans !
A la fin de cette rencontre beaucoup ont souhaité faire dédicacer quelques livres !
Nous remercions Brigitte Aubert pour cette intervention, ainsi que la ville et les bibliothécaires de Montivilliers qui nous ont reçus.
Le souhait des Ancres Noires ? Que Brigitte Aubert revienne pour faire partager sa passion d’écrivaine aux Normands lors d’un prochain festival ou dans le cadre d’une animation organisée par « les Ancres Noires » !