MÊME LES ASSASSINS TREMBLENT

de Dick Powell 

(1953)

 

                                        Un DVD MONTPARNASSE

 Un article de PIERRE CHARREL

      

         La livraison de l’automne 2008 de la collection RKO des éditions Montparnasse offre son lot habituel de perles du "polar" classique hollywoodien. Parmi celles-ci, on retiendra notamment le très réussi MÊME LES ASSASSINS TREMBLENT de Dick Powell. Comme le rappelle Serge Bromberg dans l’érudite et enthousiaste présentation qu’il fait du film, ce film est la première mise en scène de celui qui fut auparavant un acteur emblématique du film noir américain. Dick Powell fut ainsi le premier à incarner au cinéma le personnage de Philip Marlowe dans LE CRIME VIENT À LA FIN (1944) d’Edward Dmytryk, et tint la vedette par la suite dans de nombreux autres films noirs tels qu’OPIUM (1948) de Robert Stevenson.

         MÊME LES ASSASSINS TREMBLENT constitue une étonnante variation sur le thème classique de truands évadés, entraînant dans leur cavale désespérée un groupe d’otages ayant eu la malchance de croiser leur route. Mais ne se contentant pas de reproduire ce schéma narratif, s’apparentant par exemple à celui du VOYAGE DE LA PEUR d’Ida Lupino, Dick Powell y combine des éléments aussi inédits que surprenants.

Hurley, un dangereux malfrat coupable de nombreux meurtres, y opte en effet pour une "planque" pour le moins surprenante : une "ghost-town", au nom évocateur de Last Hope City, toute droit sortie d’un western ! C’est là que Hurley trouve refuge avec ses deux complices ainsi que les cinq hommes et femmes tombés sous sa coupe. Plus étonnant encore, la dite ville fantôme se trouve dans un coin reculé du désert du Nevada où l’armée américaine s’apprête à effectuer un essai nucléaire de grande ampleur…

         Pareil choix scénaristique permet à Dick Powell de bâtir un suspense d’autant plus redoutable qu’il est démultiplié. La vie des otages est ainsi soumise à une double menace. D’abord celle que fait peser sur eux Hurley, dont Dick Powell prend bien soin de souligner la dangerosité homicide par le biais de séquences d’homicides à la violence sèche et expéditive. Et, d’autre part, celle que représente la bombe nucléaire sur le point d’exploser, à proximité de laquelle les a entraînés la cavale meurtrière des évadés.

Cette introduction du thème de l’arme atomique dans MÊME LES ASSASSINS TREMBLENT offre, ainsi, l’occasion à Dick Powell de transformer ce qui n’aurait pu être qu’un "polar" classique en une réflexion critique sur les conséquences des engagements militaires répétés des Etats-Unis. Le spectre de la guerre plane en effet sur la totalité du film. Hurley est présenté comme un vétéran de la Seconde Guerre mondiale, ayant appris à tuer à l’occasion du conflit. Un des otages est quant à lui un ancien combattant de la Grande Guerre, ne cessant d’évoquer des souvenirs de souffrance et de mort. Et MÊME LES ASSASSINS TREMBLENT se clôt sur une séquence d’explosion nucléaire filmée de manière aussi impressionnante qu’effrayante, faisant écho à la Guerre froide avec laquelle les Etats-Unis sont alors aux prises.

La combinaison de ces éléments au genre criminel, bien loin de d’éclairer les entreprises guerrières américaines sous un jour positif, offre de la sorte une vision passablement angoissée de celles-ci. Dick Powell suggère en effet qu’à force d’opter pour la guerre dans le champ international, les Etats-Unis sont devenus eux-mêmes malades d’une violence qui ronge leur société de l’intérieur. Et les menace, à terme, d’une véritable implosion symboliquement représentée par la séquence finale d’apocalypse nucléaire.

C’est donc un film criminel singulier et impressionnant que propose MONTPARNASSE avec cette édition de MÊME LES ASSASSINS TREMBLENT, qui plus est présenté dans une copie globalement de belle tenue.

             

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