LE FILM CRIMINEL SELON WOODY ALLEN

 

 

 
   

Polar Nordique : crime, morale et politique 

( article de PIERRE CHARREL)  

  

               

                Les Ancres Noires étaient présentes à la 19ème édition du FESTIVAL DU FILM NORDIQUE qui s'est tenue à Rouen du 15 au 26 mars 2006. Les Ancres Noires se sont associées à une très importante rétrospective consacrée au « Polar nordique » ayant permis de découvrir plus d’une vingtaine de films criminels venus de Norvège, de Suède, de Finlande, du Danemark et de Belgique. Les Ancres Noires ont proposé aux spectateurs du FESTIVAL DU FILM NORDIQUE, désireux d’approfondir cette découverte du cinéma criminel nordique, un nombre conséquent de textes, parmi lesquels le suivant présentant l’ensemble de la rétrospective et publié dans le catalogue du FESTIVAL DU FILM NORDIQUE.

        L’exploration du film criminel nordique, initiée en 2005 avec l’association « Les Ancres Noires », continue en 2006 grâce à cette rétrospective forte d’une vingtaine de titres. Cet échantillon conséquent prolonge donc la découverte de cet aspect méconnu de la cinématographie nordique.
Les films présentés révèlent d’abord la permanence du genre dans l’histoire du cinéma de l’Europe du Nord. La rétrospective parcourt ainsi presqu’un siècle de cinéma criminel nordique, débutant avec Le mystère de la nuit du 25, oeuvre suédoise réalisée en 1916 et s’achevant avec Les morts de la Saint-Jean, autre film suédois de 2005, en passant par Le mystère Rygseck,sorti en Finlande en 1960.
Ces oeuvres confirment, ensuite, l’attachement des cinéastes nordiques pour l’un des sous-genres majeurs du cinéma criminel : le film policier. C’est en effet au sein des forces de l’ordre qu’est « recruté » l’essentiel de leurs héros. Insomnia pour la Norvège, Le village muet pour la Finlande, ou bien les adaptations suédoises ( L’homme sur le toit, Le dernier témoin entre autres) ou belge ( La chambre close ) des romans de Maj Sjöwall et Per Wahlöö en témoignent. On ne verra cependant pas là l’exaltation de l’institution policière en tant que telle qui dénoterait une tentation sécuritaire... Le film criminel nordique est certes soucieux de promouvoir le protecteur de l’ordre plutôt que le criminel. Mais l’ordre dont il est ainsi question ne se justifie que s’il sert l’intérêt général. Si la police vient à trahir ce dernier, sa mission incombe alors à des défenseurs de l’ordre officieux comme le détective privé de Black-out, ou le simple marin de La ceinture d’Orion. On ne s’étonnera donc pas que le film de gangster, l’autre branche majeure du genre, soit moins représenté. Mais Règlement de comptes ou Pusher 2prouvent que les cinémas finlandais ou danois peuvent créer de fortes figures de criminels. En outre, la tonalité tragique de ces films vient rappeler que le criminel est inévitablement châtié et complète donc le discours moral développé par les films policiers.
   Cette rétrospective montre, enfin, que le film criminel nordique est souvent porteur d’un sous-texte volontiers polémique faisant du crime le révélateur des tares du système étatique, social ou économique. Les fractures des collectivités nordiques, ainsi dénoncées, sont nombreuses. Faute de pouvoir toutes les répertorier ici on citera, par exemple, l’antagonisme entre mondes rural et urbain, et au-delà entre tradition et modernité, que révèlent des films comme Bloody angels et Le village muet, en opposant « flic des villes » et « tueur des champs ».
Le film criminel nordique revêt donc une dimension civique, au sens démocratique du terme. Classiquement conçu pour soutenir l’ordre social en privilégiant ceux qui protègent ce dernier, il ne recule cependant pas devant la critique des structures étatiques ou socio-économiques lorsque celles-ci desservent le bien commun.

                                                                                   RETOUR